Everyday Omens

Une musaraigne dans la maison

Une musaraigne dans la maison n’est pas une souris : c’est une petite mangeuse d’insectes, souvent rapportée par un chat. Les campagnes redoutaient sa morsure, et son nom même vient de cette crainte.

Ce que cela peut signifier

Son nom latin, musaraneus, faisait d’elle une souris venimeuse comme une araignée. Pendant des siècles, on a redouté sa morsure. En Wallonie, elle passait pour incurable quand elle atteignait le pied d’un cheval. En 1877, Eugène Rolland, qui recensait ces croyances, ajoutait une remarque prudente : préjugé ou réalité, la chose n’était pas encore élucidée. La réponse est venue depuis, et elle est nuancée : la musaraigne aquatique a bien une salive toxique pour ses petites proies. Cette prudence mérite d’être imitée. Entre croire tout de suite et rejeter tout de suite, il existe une troisième position, plus inconfortable : admettre qu’on ne sait pas encore.

Selon la façon dont tu l’as vu

Une musaraigne rapportée par le chat

Beaucoup de chats tuent les musaraignes sans les manger, à cause de l’odeur musquée qu’elles dégagent. On les retrouve alors intactes sur le seuil ou dans l’entrée. Le chat a chassé par réflexe, puis a renoncé au repas.

Une musaraigne morte sur un sentier

Une croyance de Haute-Bretagne voulait qu’une musaraigne qui trouvait un homme sur son sentier crève aussitôt. On rencontre en effet souvent des musaraignes mortes sur les chemins en fin de saison, vers septembre : elles vivent à peine plus d’un an, et les prédateurs qui les tuent les délaissent.

Un cri aigu dans l’herbe

Les musaraignes poussent de petits cris très aigus, surtout quand deux d’entre elles se rencontrent, car chacune défend son territoire avec acharnement. Ce vacarme miniature surprend toujours au bord d’une haie.

Une musaraigne près de l’eau

La crossope, ou musaraigne aquatique, noire dessus et claire dessous, chasse dans les ruisseaux. Sa salive contient une substance qui paralyse les petites proies : la vieille crainte n’était donc pas tout à fait sans fondement, même si l’animal fuit les humains.

Pourquoi cela arrive dans la nature

Les musaraignes ne sont pas des rongeurs, mais des insectivores, plus proches du hérisson et de la taupe que de la souris. Elles ont un museau pointu, de petits yeux et un métabolisme très rapide qui les oblige à manger presque sans arrêt, nuit et jour. La crocidure musette, elle, se glisse sans gêne dans les maisons et les remises.

Ce que disent les croyances populaires

Wallonie et Eure-et-Loir

En Wallonie, la morsure de la musaraigne au pied d’un cheval passait pour incurable ; en Eure-et-Loir, on l’accusait de durcir le pis des vaches.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 14. Voir la page

Haute-Bretagne

En Haute-Bretagne, le cochon sur le dos duquel une musaraigne s’était promenée crevait, ou tout au moins restait « emmuseraigné », c’est-à-dire paralysé.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 15. Voir la page

Haute-Bretagne

D’après une croyance de Haute-Bretagne, si la musaraigne qui passait par un sentier y trouvait un homme, elle crevait aussitôt.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 14. Voir la page

Manche

Dans la Manche, on disait que la musaraigne tétait les mères lapines.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 16. Voir la page

Ancien français et latin

Eugène Rolland expliquait que le latin musaraneus venait de ce qu’on croyait la morsure de cette souris aussi venimeuse que la prétendue piqûre de l’araignée, et il ajoutait que la question n’était pas encore élucidée.

Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. I : Les mammifères sauvages (1877), p. 18-19. Voir la page

Pour réfléchir

Sur quelle question te forces-tu à trancher, alors que tu pourrais dire « je ne sais pas encore » ?