Voir un loup
Voir un loup était tenu au XVe siècle pour un très heureux présage, et le loup du matin portait encore bonheur dans les Vosges vers 1900. On disait aussi qu’il coupait la voix : de quoi penser aux peurs qui nous laissent sans un mot.
Ce que cela peut signifier
« Il a vu le loup », disait-on d’une personne enrouée. La croyance était très ancienne. Si le loup apercevait quelqu’un le premier, celui-ci perdait la voix ; si l’homme voyait la bête avant elle, c’est le loup qui perdait sa force. Derrière cette idée se cache une expérience connue de tous : la peur qui serre la gorge et empêche de crier. Les bergères du Berry avaient leur parade. Quand la voix leur manquait, elles couraient sur le loup, cheveux défaits, certaines de le mettre en fuite. Faute de mots, elles agissaient. Quand une situation te coupe le souffle, un geste ou un pas en avant peut parler à ta place.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un loup aperçu de loin
La plupart des rencontres se font à distance : une silhouette grise qui traverse une clairière ou un chemin forestier, puis disparaît. Le loup évite l’homme et s’éloigne dès qu’il l’a repéré. Ce court instant peut pourtant suffire à marquer toute une journée.
Un loup au petit matin
Au XVIIe siècle, le loup rencontré le matin portait bonheur, surtout s’il s’enfuyait à grands pas, et on le croyait encore dans les Vosges vers 1900. Voir s’éloigner ce que l’on redoutait a de quoi alléger le reste de la route.
Des traces dans la boue ou la neige
Plus souvent que l’animal, on trouve ses empreintes : quatre doigts griffus autour d’une large pelote ; quand il trotte, elles forment une ligne presque droite. On les confond facilement avec celles d’un grand chien. On devine sa présence bien avant de l’apercevoir.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le loup gris vit en meute familiale et chasse surtout de nuit, principalement des chevreuils, des cerfs et des sangliers. Il évite l’homme. Présent dans les Alpes françaises depuis le début des années 1990, il s’est étendu à d’autres massifs, mais les rencontres restent rares et brèves.
Ce que disent les croyances populaires
France, XVe-XVIIe s. ; Vosges
Au XVe siècle, rencontrer un loup était un très bon présage. Au XVIIe, il portait bonheur le matin, plus encore s’il se sauvait à grands pas ; vers 1900, on le croyait toujours dans les Vosges.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 22. Voir la page
France, XVe siècle
Au XVe siècle, on disait que si quelqu’un voyait le loup avant d’être vu de lui, la bête ne pouvait lui nuire ; si le loup le voyait le premier, c’est l’homme qui perdait ses moyens.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 24. Voir la page
Ardennes et Haute-Bretagne
Dans les Ardennes, celui qui respirait l’haleine du loup perdait la voix ; en Haute-Bretagne, il suffisait d’avoir ouvert la bouche au moment où un loup passait.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 25. Voir la page
Berry et Haute-Bretagne
En Berry, les bergères qui ne pouvaient plus crier couraient sur le loup, cheveux épars, certaines de le faire fuir ; en Haute-Bretagne, une mèche de cheveux mise dans la bouche préservait de l’enrouement.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 25. Voir la page
Pour réfléchir
Dans quelle situation récente les mots t’ont-ils manqué, et qu’aurais-tu pu faire à la place ?