Trouver un nid d’oiseau
Découvrir un nid d’oiseau portait bonheur, disait-on près de Spa. Mais le secret importait : en Gironde, on parlait de « cailloux » plutôt que d’œufs, et en Poitou, on ne comptait jamais les œufs, de peur d’attirer les serpents.
Ce que cela peut signifier
Un nid trouvé dans une haie est un petit secret qu’on vient de surprendre. Les vieux usages imposaient de le garder : on n’en parlait pas sous son toit, et l’on allait jusqu’à changer de mot pour qu’aucune bête ne comprenne. On protégeait ainsi les couvées par la discrétion. L’idée vaut aussi entre personnes. Il arrive qu’on découvre par hasard une chose fragile qui ne nous appartient pas : un secret confié à demi-mot ou un projet encore caché. La taire, au moins pour un temps, peut être le meilleur service à rendre.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un nid découvert dans une haie
À La Reid, près de Spa, découvrir un nid d’oiseau portait bonheur. On peut le regarder de loin sans y toucher : la plupart des oiseaux sauvages et leurs nids sont protégés, et des parents dérangés peuvent abandonner leur couvée.
Parler du nid à quelqu’un
En Gironde, si l’on évoquait un nid un mercredi ou un vendredi, il fallait dire « il y a des cailloux » et non des œufs, de peur que le serpent n’entende et n’aille les avaler. En Poitou, pour la même raison, on évitait de raconter sous son toit qu’on connaissait un nid.
Compter les œufs
En Poitou, quand on trouvait un nid, il ne fallait pas compter les œufs, toujours par crainte des reptiles. Sébillot rattachait ces interdits à l’idée qu’en parlant de certaines choses, on attire l’attention des bêtes méchantes.
Rire devant un nid
En Provence, celui qui riait devant un nid, ou lui montrait les dents, attirait les fourmis. On l’approchait donc la bouche fermée.
Pour trouver beaucoup de nids
À Matignon, les parents faisaient jeûner les enfants le vendredi saint pour qu’ils trouvent des nids, et la même coutume existait en Lorraine. À La Reid, ils devaient seulement s’abstenir de viande ce jour-là. Dans le Nivernais, les enfants qui entendaient le coucou faisaient une culbute pour en trouver.
Pourquoi cela arrive dans la nature
La plupart des oiseaux nichent au printemps, cachés dans les haies, les buissons ou les cavités, et leurs nids sont faits pour passer inaperçus. Un nid trouvé à l’automne ou en hiver est en général vide : les jeunes l’ont quitté, et beaucoup d’espèces en construisent un nouveau chaque année.
Ce que disent les croyances populaires
La Reid (province de Liège)
À La Reid, près de Spa, découvrir un nid d’oiseau portait bonheur ; on disait aussi aux enfants que, pour découvrir beaucoup de nids, ils ne devaient pas manger de viande le vendredi saint.
Source : Alfred Harou, « Notes sur les traditions et les coutumes de la province de Liège », Revue des traditions populaires, t. XVI (1901), p. 111. Voir la page
Haute-Bretagne et Lorraine
À Matignon, en Haute-Bretagne, on faisait jeûner les enfants le vendredi saint pour qu’ils trouvent des nids, d’où le dicton : « Le vendredi béni, i’ faut jeûner pour trouver des nids. » La même coutume existait en Lorraine.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 236. Voir la page
Gironde
En Gironde, on recommandait aux enfants de ne pas aller voir un nid le mercredi ni le vendredi ; si l’on en parlait ces jours-là, il fallait dire « il y a des cailloux » et non des œufs, de peur que le serpent n’entende et n’aille les avaler.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 173. Voir la page
Poitou
En Poitou, on évitait de raconter sous son toit qu’on connaissait un nid, et quand on en trouvait un, il ne fallait pas compter les œufs, de crainte des reptiles.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 173. Voir la page
Provence
En Provence, si l’on riait devant un nid, ou si on lui montrait les dents, on attirait les fourmis.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 173. Voir la page
Nivernais
Dans le Nivernais, les enfants qui entendaient le coucou faisaient la culbute, cul par-dessus tête, pour trouver des nids.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 199. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle confidence, découverte ou reçue, protèges-tu en n’en parlant pas ?