Perdre ou casser son alliance
Perdre ou ôter son alliance passait pour porter malheur en Haute-Bretagne comme à Blois, où une alliance qui tombait présageait aussi une dispute. À Penguily, celui qui gardait l’anneau trouvé d’un autre s’exposait à une mésaventure.
Ce que cela peut signifier
Le jour des noces, l’un passe un petit cercle de métal au doigt de l’autre, et cet objet de quelques grammes se charge d’une promesse énorme. Il n’est pas étonnant qu’on ait redouté de l’ôter ou de l’égarer, comme si le lien pouvait partir avec lui. Les vieux interdits se trompaient pourtant sur un point. La promesse ne tient pas dans le métal : elle tient dans ce que deux personnes continuent de faire l’une pour l’autre. Une alliance perdue se remplace chez un bijoutier. Ce qu’elle désignait se vérifie ailleurs, dans les gestes de chaque jour.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une alliance qui glisse et tombe
À Blois, une alliance qui tombait annonçait dispute et désunion. En général, elle glisse simplement d’un doigt aminci par le froid ou l’eau, en faisant la vaisselle ou en jardinant.
Une alliance perdue
Les Hauts-Bretons évitaient même de l’enlever, tant la perdre passait pour porter malheur. La recherche commence presque toujours par les mêmes endroits : le lavabo, la poche d’un manteau, la terre du potager.
Trouver l’alliance de quelqu’un d’autre
À Penguily, celui qui trouvait un anneau et le gardait s’exposait lui aussi à une mésaventure. Chercher son propriétaire reste, de toute façon, le meilleur réflexe.
Une alliance qui se casse
Une croyance des Deux-Sèvres voulait que si la femme brisait sa bague, l’un des époux mourrait dans l’année. Un anneau d’or fin, porté pendant des décennies, s’use de lui-même jusqu’à se fendre.
Jusqu’où glisser l’anneau
Le jour des noces, la mariée surveillait le geste. En Haute-Bretagne, l’anneau ne devait pas descendre jusqu’à la dernière phalange, sinon le mari aurait trop d’autorité. À Quimper, on visait même la première phalange.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Les doigts gonflent à la chaleur et s’affinent au froid ou dans l’eau, si bien qu’une alliance devient plus lâche en hiver ou pendant la vaisselle. L’or est un métal mou : porté pendant des années, un anneau fin s’amincit et peut finir par se fendre.
Ce que disent les croyances populaires
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, quitter ou perdre son anneau portait malheur. Le jour du mariage, il ne fallait pas laisser l’anneau glisser jusqu’à la dernière phalange, sans quoi le mari aurait trop de maîtrise.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 122. Voir la page
Penguily (Côtes-du-Nord)
À Penguily, perdre son anneau était de mauvais augure ; mais celui qui, l’ayant trouvé, le gardait était lui aussi exposé à quelque mésaventure.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 142. Voir la page
Blois (Loir-et-Cher)
À Blois, ôter son alliance attirait le malheur ; si l’alliance tombait, cela voulait dire dispute et désunion.
Source : Arnold van Gennep, « Coutumes, usages et superstitions du Loir-et-Cher, XI (suite) », Revue des traditions populaires, t. XIX (1904), p. 32. Voir la page
Deux-Sèvres (Poitou)
Selon une croyance des Deux-Sèvres, si la femme venait à briser sa bague, l’un des époux mourrait dans l’année.
Source : R.-M. Lacuve, « Contribution au folk-lore du Poitou (Département des Deux-Sèvres) », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 323-324. Voir la page
Quimper (Finistère)
À Quimper, pendant la cérémonie, l’époux ne devait pas passer la bague au-delà de la première phalange : s’il y parvenait, il serait le maître du ménage.
Source : H. Le Carguet, « Petites croyances des Quimpéroises », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 192. Voir la page
Pour réfléchir
Une fois mis de côté l’objet qui le symbolise, sur quoi repose vraiment un engagement que tu as pris ?