Trouver un fer à cheval
Trouver un fer à cheval portait chance depuis au moins le XVe siècle ; en Haute-Bretagne, on le préférait même à une pièce de monnaie. Ce choix du fer contre l’argent donne à réfléchir sur ce qui dure.
Ce que cela peut signifier
« Il vaut mieux trouver du fer que de l’argent », disait-on près de Dinan. Un fer à cheval ou un simple clou ramassé sur le chemin portait bonheur, plus qu’une pièce. La préférence peut surprendre. Elle se comprend mieux si l’on pense à ce que valait le fer dans une ferme : on le forge, on le répare, on le garde des années, alors qu’une pièce se dépense en une après-midi. Le porte-bonheur ramené à la maison vantait donc une richesse d’usage plutôt qu’une richesse de poche. La question n’a pas vieilli : parmi ce que l’on accumule, qu’est-ce qui servira longtemps, et qu’est-ce qui filera aussitôt ?
Selon la façon dont tu l’as vu
Un fer rapporté à la maison
Vers 1900, on avait l’habitude de rapporter chez soi le fer trouvé pour en faire un porte-bonheur. Le geste transforme un objet perdu par un autre en souvenir d’une promenade, et la trouvaille devient une petite histoire à raconter.
Un fer cassé
En Côte-d’Or, trouver un fer cassé faisait craindre une dispute dans la journée. Le morceau brisé semblait raconter d’avance une rupture. On peut aussi y voir un simple rappel des tensions qu’une journée chargée fait naître.
Un fer à cheval à bord
Les caboteurs bretons clouaient autrefois sur l’étrave de leur bateau un vieux fer à cheval trouvé par hasard, comme les marins de la Baltique sur le pont, devant le grand mât. Un objet de la terre ferme partait ainsi en mer pour veiller sur l’équipage.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le sabot d’un cheval pousse comme un ongle : il faut reposer ses fers toutes les six à huit semaines environ, et l’un d’eux se détache parfois en chemin quand les clous se desserrent. On en trouve encore près des centres équestres, sur les chemins de randonnée ou dans les prés.
Ce que disent les croyances populaires
Recueil satirique du XVe siècle
Au XVe siècle, on affirmait que celui qui trouvait le fer d’un cheval, ou même un morceau, aurait bonne fortune ; le même recueil tenait au contraire pour un très mauvais présage de trouver de l’argent par terre le matin, à moins qu’il ne s’y trouve de l’or.
Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 39. Voir la page
Haute-Bretagne (pays de Dinan)
Près de Dinan, on disait : « Il vaut mieux trouver du fer que de l’argent » ; la trouvaille d’un fer à cheval ou d’un clou portait bonheur.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 313. Voir la page
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, il valait mieux trouver un fer de cheval qu’une pièce de monnaie, car cela portait plus de chance.
Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II (1882), p. 65. Voir la page
France ; Finistère et Côte-d’Or
Vers 1900, on rapportait d’ordinaire à la maison le fer trouvé, comme porte-bonheur ; dans le Finistère pourtant, la trouvaille pronostiquait un malheur, et en Côte-d’Or un fer cassé faisait craindre une dispute dans la journée.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 125. Voir la page
Bretagne (marins)
Les caboteurs bretons clouaient jadis sur l’étrave un vieux fer à cheval trouvé par hasard, de même que les marins de la Baltique le fixaient sur le pont, devant le grand mât.
Source : Paul Sébillot, Le paganisme contemporain chez les peuples celto-latins (1908), p. 219. Voir la page
Pour réfléchir
Parmi ce que tu gardes précieusement, qu’est-ce qui te servira encore dans dix ans ?