Voir une mouette ou un goéland
Une mouette qui battait des ailes au-dessus d’une maison annonçait le vent à Saint-Cast, et celle qui venait picorer les vers dans les champs, la pluie ou le froid. Les marins, eux, se gardaient bien de tuer un goéland.
Ce que cela peut signifier
Sur la côte, le goéland est le voisin le plus bruyant. Il crie dès l’aube, guette les poubelles et chipe à l’occasion un sandwich sur une terrasse. Les gens de mer le supportaient pourtant mieux que quiconque : ils l’écoutaient pour savoir s’il fallait sortir les lignes, le regardaient pour prévoir le vent, et refusaient de le tuer. Un voisin agaçant peut aussi être celui qui voit venir le mauvais temps avant les autres. Garder un peu de patience envers ceux qui dérangent, c’est aussi se ménager un précieux veilleur.
Selon la façon dont tu l’as vu
Des goélands qui battent des ailes au-dessus des toits
À Saint-Cast, quand une mouette battait des ailes au-dessus d’une maison, c’était l’annonce du vent. Sur les toits des ports, on voit justement les goélands planer et se laisser porter dès que les rafales forcissent.
Des mouettes dans un champ labouré
À Saint-Cast encore, lorsque les mouettes venaient à terre picorer les vers, on attendait la pluie ou le froid. On les voit en effet suivre les tracteurs loin à l’intérieur des terres, surtout en hiver.
Un goéland qui crie près d’un bateau
Les pêcheurs de Saint-Cast entendaient les mouettes crier « Caré, caré, caré » : on pouvait replier les lignes, car la pêche serait maigre. On assurait même qu’une mouette s’approchait du bateau pour prévenir les matelots qu’ils ne prendraient pas de maquereaux.
Une sterne ou une mouette ?
À Saint-Cast, une petite formule faisait la différence : « C’est un équéré, prends ta ligne et va au macré », c’est-à-dire au maquereau, quand on voyait une sterne. Si c’était une mouette, on restait plutôt chez soi, au coin du feu.
Un goéland qu’on voudrait chasser
Les marins pensaient qu’il arrivait des accidents aux navires lorsqu’on avait tué un pétrel ou un goéland. En Camargue, les sauniers n’osaient pas tirer à la nuit tombante sur le « gabian », l’oiseau du bon Dieu qui, disaient-ils, remontait au ciel une fois la nuit venue.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Les mouettes et les goélands quittent la côte quand la mer est grosse ou que le froid durcit, et vont chercher leur nourriture dans les champs, derrière les charrues, ou dans les villes. Opportunistes, ils se nourrissent aussi de déchets, ce qui les a rendus très présents sur les toits des ports.
Ce que disent les croyances populaires
Saint-Cast (Côtes-du-Nord)
À Saint-Cast, quand une mouette battait des ailes au-dessus d’une maison, c’était signe de vent ; lorsqu’elle venait à terre picorer les vers, on attendait la pluie ou le froid.
Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II (1882), p. 194. Voir la page
Saint-Cast (Côtes-du-Nord)
Les pêcheurs de Saint-Cast disaient que, si l’on entendait les mouettes crier « Caré, caré, caré », on pouvait replier les lignes, car on ne prendrait pas grand-chose ; une mouette venait même dire aux matelots : « Carettez vos lignes, matelots, vous n’prenrez pas d’maquereaux. »
Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II (1882), p. 194-195. Voir la page
Saint-Cast (Côtes-du-Nord)
À Saint-Cast, quand on voyait une sterne, on disait : « C’est un équéré, prends ta ligne et va au macré » ; pour une mouette : « Serre ta fouée et te chauffe. »
Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II (1882), p. 194. Voir la page
Littoral français
Les marins et les habitants du littoral croyaient qu’il arrivait des accidents aux navires lorsqu’on avait tué un pétrel ou un goéland.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 189. Voir la page
Camargue
Les sauniers de la Camargue n’osaient pas tirer à la nuit tombante sur le gabian, l’oiseau du bon Dieu qui, disaient-ils, traversait les nuages à la nuit tombée pour remonter au ciel.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 189. Voir la page
Le Croisic (Loire-Inférieure)
Au Croisic, d’après Cambry cité par Rolland, les filles et les femmes récitaient jadis aux goélands : « Goëlands, goëlands, ramenez-nous nos maris, nos amants. »
Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II (1882), p. 181. Voir la page
Pour réfléchir
Quel voisin bruyant ou envahissant t’a déjà rendu service à sa façon ?