Everyday Omens

Un orvet dans le jardin

Un orvet dans le jardin passait pour aveugle dans presque toute la France : il aurait prêté ses yeux au rossignol, qui ne les lui aurait jamais rendus. Ce n’est pas un serpent, mais un lézard sans pattes, qui voit très bien.

Ce que cela peut signifier

Une croyance générale en France le voulait aveugle, et les contes savaient pourquoi. En Sologne, on racontait que le rossignol, invité à une noce, lui avait emprunté son œil pour y paraître avec deux yeux, puis avait refusé de le rendre. Dans l’Allier, l’oiseau promit de le restituer à la chute des feuilles de ronce, qui ne tombent jamais. Le conte touche une gêne familière. Prêter de l’argent ou un objet est facile ; réclamer son dû quand l’autre fait la sourde oreille l’est beaucoup moins, surtout entre amis. Une promesse floue, comme celle des feuilles de ronce, gagne à être précisée dès le départ.

Selon la façon dont tu l’as vu

Un orvet qui cligne des yeux

De près, on voit qu’il ferme les paupières, ce que les serpents ne savent pas faire. C’est l’un des indices qui en font un lézard. Ses yeux, petits mais bien réels, démentent la vieille réputation.

Un orvet qui perd sa queue

Saisi par la queue, il peut l’abandonner, comme le lézard des murailles, et le morceau continue de s’agiter. Certains, en Ille-et-Vilaine, lui prêtaient deux têtes, l’une qui veille pendant que l’autre dort ; dans la Creuse, un orvet cassé en deux donnait naissance à un petit sans yeux qu’on évitait de rencontrer.

Un orvet dans le potager

Il passe ses journées sous une planche, une pierre ou un tas de compost, et sort par temps humide pour chasser les limaces. Pour un jardinier, c’est un allié précieux, qu’il vaut mieux épargner en retournant la terre.

Un orvet qu’on appelait « vendredi »

En Gironde, on le nommait « vendredi », parce qu’il ne mordait, disait-on, que ce jour-là, d’une morsure fatale. L’orvet ne mord pratiquement jamais, et il n’a pas de venin.

Pourquoi cela arrive dans la nature

L’orvet fragile (Anguis fragilis) est un lézard sans pattes, et non un serpent : il a des paupières mobiles et peut perdre sa queue. Il vit caché dans les jardins, les haies et les lisières, se nourrit surtout de limaces et de vers, et passe l’hiver engourdi sous terre.

Ce que disent les croyances populaires

France (croyance générale)

Suivant une croyance générale en France, constatée par la plupart des noms patois de l’orvet et par des dictons, ce petit serpent passait pour aveugle.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 255. Voir la page

Sologne

Au début du XIXe siècle, les Solognots racontaient que le rossignol avait emprunté l’œil de l’orvet pour paraître à une noce avec deux yeux, puis avait refusé de le rendre ; ils assuraient qu’on trouvait toujours un orvet non loin du nid d’un rossignol.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 162. Voir la page

Allier

Dans l’Allier, l’orvet prêta ses yeux au rossignol, qui promit de les lui rendre à la chute des feuilles de ronce ; ces feuilles étant persistantes, l’orvet restait aveugle.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 163. Voir la page

Berry

Les paysans du Berry racontaient que l’orvet avait autrefois d’excellents yeux, que le rossignol les lui emprunta pour assister à la noce d’une fée et ne voulut plus les rendre, et que depuis il chantait jour et nuit pour adoucir les chagrins de son ami trop confiant.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 163. Voir la page

Ille-et-Vilaine et Creuse

En Ille-et-Vilaine, on disait que l’orvet avait deux têtes, dont l’une veille pendant que l’autre dort ; dans la Creuse, l’orvet cassé en deux donnait naissance à un individu sans yeux dont il fallait éviter la rencontre.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 259. Voir la page

Gironde

En Gironde, on nommait l’orvet « vendredi », parce qu’il ne mordait que ce jour-là, mais d’une blessure qui conduisait l’homme au tombeau.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 273. Voir la page

Pour réfléchir

Qu’as-tu prêté un jour sans jamais oser le réclamer ?