Entendre le rossignol
Entendre le rossignol la nuit a inspiré de nombreuses légendes : dans le Nivernais ou en Poitou, il se serait endormi un soir sur une vigne qui l’aurait entortillé, et depuis il ne dormirait plus.
Ce que cela peut signifier
Le chant du rossignol remplit les nuits de mai, et les campagnes cherchaient pourquoi cet oiseau ne dormait jamais. Les ornithologues ont trouvé une réponse plus simple que la vigne des contes : ceux qui chantent ainsi dans le noir sont surtout des mâles encore seuls, qui appellent les femelles passant pendant leur migration de nuit. Une fois en couple, la plupart ne chantent plus guère que le jour. La plus belle voix de la nuit vient donc d’un manque. Chez nous aussi, une ardeur qui empêche de dormir en dit parfois moins sur ce qu’on possède que sur ce qu’on espère encore.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un rossignol pendant la couvaison
En Haute-Bretagne, on racontait qu’il chantait quarante jours pendant que sa femelle restait sur le nid, sans comprendre qu’elle réchauffait les œufs. À l’éclosion, il s’écriait : « Ah ! que j’étais bête ! » Le conte n’a exagéré que la durée de la couvaison.
La vigne qui pousse
Dans le Nivernais, le rossignol s’était endormi dans une vigne dont les vrilles s’enroulèrent autour de son cou ; depuis, pour rester éveillé, il chante : « La vign’ pouss’, pouss’, pouss’, pouss’, je n’ dors ni nuit ni jour. » En Agenais, c’était un liseron, et en Dauphiné un chèvrefeuille.
Le premier rossignol du printemps
Chez les Poitevins, le premier rossignol entendu le ventre vide exposait à se couper les doigts. Les premiers chants d’oiseaux passaient pour agir surtout sur les gens à jeun : mieux valait avoir mangé avant de sortir.
Un chant qu’on traduisait
Un poème du XIIIe siècle entendait dans son chant un cri de guerre : « Fier ! fier ! oci ! oci ! », c’est-à-dire « Frappe ! frappe ! tue ! tue ! ». Les mêmes phrases passaient, pour d’autres, pour la plus douce des musiques.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le rossignol philomèle revient d’Afrique en avril et niche près du sol, dans les haies et les fourrés frais. Brun et discret, il se montre peu, mais son chant puissant, fait de phrases très variées, porte loin, à toute heure. C’est la femelle seule qui couve, pendant environ deux semaines.
Ce que disent les croyances populaires
Nivernais
On racontait en Nivernais que le rossignol, endormi au milieu d’une vigne, s’était cru pris quand les vrilles d’un jeune cep s’enroulèrent autour de son cou ; depuis, il ne dormait plus et chantait pour se tenir éveillé : « La vign’ pouss’, pouss’, pouss’, pouss’, je n’ dors ni nuit ni jour. »
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 162. Voir la page
Poitou, Dauphiné, Agenais
En Poitou, le rossignol endormi sur une vigne eut beaucoup de mal à dégager sa jambe, d’où l’on disait qu’il chantait jour et nuit tant que la treille poussait ; en Dauphiné, la plante était un chèvrefeuille, en Agenais un liseron.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 162-163. Voir la page
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, le rossignol chantait pendant quarante jours alors que sa femelle était sur le nid, sans savoir qu’elle réchauffait les œufs ; après l’éclosion, il s’écriait : « Ah ! que j’étais bête ! »
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 174. Voir la page
Poitou
En Poitou, celui qui entendait le rossignol pour la première fois à jeun devait se couper les doigts.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 197. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle ardeur, en ce moment, vient surtout de ce que tu espères encore ?