Une couleuvre dans le jardin
Une couleuvre dans le jardin a longtemps fait peur, au point qu’on l’accusait de téter les vaches la nuit. Cette rencontre peut t’amener à distinguer ce qui menace vraiment de ce qui surprend seulement.
Ce que cela peut signifier
Un mouvement dans l’herbe, et le cœur s’emballe avant même que l’œil ait compris. La couleuvre, elle, a déjà filé. Nos ancêtres avaient des mots pour ces moments : dans le Morvan, on parlait au serpent en le regardant en face ; dans les Deux-Sèvres, on lui chantait une berceuse pour l’endormir. Ces formules servaient sans doute autant à calmer celui qui parlait qu’à arrêter la bête. Il y a là une idée précieuse. Devant une frayeur soudaine, les paroles qu’on se dit à soi-même changent beaucoup de choses. Une fois le souffle revenu, on découvre presque toujours qu’on a croisé un animal craintif, bien plus pressé de partir que nous.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une couleuvre étendue sur une pierre chaude
Le matin, elle s’étire sur une pierre ou au pied d’un mur pour se réchauffer avant de chasser. Sans cette chaleur, elle reste engourdie. Cette lente mise en route ressemble à certains matins : de quoi as-tu besoin, toi, pour vraiment démarrer ?
Une couleuvre dans l’eau
La couleuvre helvétique nage très bien et chasse les grenouilles dans les mares, parfois même dans une piscine. Elle surprend précisément là où l’on se détend. Les inquiétudes aussi aiment surgir dans les moments de repos, quand on ne les attend plus.
Une mue trouvée dans l’herbe
Une longue peau fine et transparente, parfois entière jusqu’aux écailles des yeux. Pour grandir, la couleuvre doit quitter cette enveloppe devenue trop étroite. Qu’est-ce qui, dans ta vie, est devenu trop serré et mériterait d’être laissé derrière toi ?
Une couleuvre qui s’enfuit à ton approche
Elle sent tes pas dans le sol bien avant de te voir, et file se cacher. La peur était réciproque. Se rappeler que l’autre a peur lui aussi aide parfois à aborder plus doucement une situation tendue.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Les couleuvres, comme la couleuvre helvétique ou la couleuvre verte et jaune, n’ont pas de venin dangereux pour l’homme et fuient dès qu’elles sentent des pas. Elles chassent grenouilles, lézards ou petits rongeurs et aiment les tas de pierres et les coins herbeux bien exposés. Elles sont protégées en France et muent plusieurs fois par an : leur ancienne peau reste alors entière dans l’herbe.
Ce que disent les croyances populaires
Maine et nombreuses régions
Dans bien des régions, on accusait les couleuvres de sucer la nuit le pis des vaches, et l’on expliquait ainsi le lait rouge de certaines bêtes ; dans le Maine, elles les faisaient tarir.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 274. Voir la page
Morvan
Dans le Morvan, on parlait au serpent au féminin : en le regardant en face, on lui disait « Te voilà, servante du Peut », puis on lui nommait le jour du dernier Noël en lui ordonnant de ne pas aller plus loin.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 278. Voir la page
Deux-Sèvres
Dans les Deux-Sèvres, les paysans tordaient leur mouchoir en forme de serpent au repos et chantaient d’une voix langoureuse à la couleuvre : « Je t’endors, belle demoiselle, je t’endors. »
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 278. Voir la page
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, la couleuvre passait pour l’amie de l’anguille.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 262. Voir la page
Pour réfléchir
Qu’est-ce qui t’a fait peur récemment, et qu’en reste-t-il maintenant que tu le regardes de plus près ?