Un serpent qui traverse le chemin
Au XVIIe siècle, rencontrer un serpent passait pour funeste. En Suisse romande, un serpent qui coupait le chemin d’une femme enceinte promettait à l’enfant une vie de malheurs, et en Saintonge, on craignait de voir des reptiles le matin.
Ce que cela peut signifier
Le serpent glisse en travers du sentier, puis disparaît dans le talus en deux secondes. Les anciens lisaient cette traversée comme un message adressé au promeneur, souvent inquiétant. Pour l’animal, il ne s’agissait que de passer d’une haie à l’autre, d’un coin de soleil à un terrain de chasse. Un chemin qu’on croit à soi est aussi celui de bien d’autres vies qu’on ne voit pas. Marquer une pause pour laisser passer le serpent, c’est reconnaître ce partage sans en faire un drame ni un présage.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un serpent qui traverse devant tes pieds
Au temps de Louis XIV, croiser un serpent ou un lézard passait pour funeste. Le geste le plus sûr reste de s’arrêter : un serpent dérangé cherche d’abord à fuir, et il a vite fait de disparaître dans l’herbe.
Sur le chemin d’une femme enceinte
En Suisse romande, si un serpent coupait le chemin d’une femme enceinte, son enfant aurait, disait-on, une vie pleine de malheurs. La croyance reportait la peur sur la personne la plus vulnérable de la famille.
Le premier serpent de l’année
En Poitou, si le premier serpent qu’on voyait dans l’année était mort, on n’en verrait pas de vivant. En Gironde, les paysans qui tuaient le premier serpent de l’année se croyaient sûrs de réussir leurs affaires, une pratique qui appartient aujourd’hui au passé.
Un serpent qui file sans qu’on puisse l’arrêter
Dans la Côte-d’Or, laisser échapper le serpent qu’on avait vu passait pour de mauvais augure. Aujourd’hui, tous les serpents de France métropolitaine sont protégés, et le laisser filer est simplement ce que la loi demande.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Les serpents sont des animaux à sang froid : ils se déplacent au printemps et en été entre les endroits où ils se chauffent au soleil, ceux où ils chassent et ceux où ils s’abritent. Les chemins, les routes et les lisières, plus chauds et dégagés, sont des lieux de passage fréquents.
Ce que disent les croyances populaires
France, XVIIe siècle
Au XVIIe siècle, on regardait comme funeste la rencontre d’un serpent ou d’un lézard.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 265-266. Voir la page
Suisse romande
En Suisse romande, si un serpent coupait le chemin à une femme enceinte, son enfant aurait une vie pleine de malheurs.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 266. Voir la page
Poitou et Saintonge
En Poitou, si le premier serpent que l’on voyait dans l’année était mort, on n’en verrait pas de vivant ; en Saintonge, la vue des reptiles était encore redoutée le matin.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 266. Voir la page
Gironde et Côte-d’Or
Les paysans girondins qui tuaient le premier serpent rencontré dans l’année se croyaient sûrs de réussir dans leurs affaires ; dans la Côte-d’Or, si l’on ne pouvait mettre à mort le serpent qu’on avait vu, on y voyait un mauvais présage.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 279. Voir la page
Environs de Semur (Côte-d’Or)
Aux environs de Semur, en Côte-d’Or, rencontrer un serpent sans pouvoir le tuer présageait le malheur, et le tuer présageait le bonheur.
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. III (1881), p. 36. Voir la page
Pour réfléchir
Sur les chemins que tu empruntes chaque jour, quelles autres vies croises-tu sans y prêter attention ?