Un perce-oreille dans la maison
Un perce-oreille dans la maison effrayait à cause de son nom : on racontait en Poitou, en Beauce ou en Haute-Bretagne qu’il pouvait entrer dans la tête par l’oreille. Il cherche en réalité l’ombre et l’humidité.
Ce que cela peut signifier
Ses pinces lui ont fait une sinistre réputation, et son nom a fait le reste. On le connaît pourtant bien mal. Sous ses courts étuis bruns, il cache de grandes ailes, repliées en éventail avec une précision d’origami, et ses pinces l’aident parfois à les ranger. Il s’en sert si rarement que la plupart des gens ignorent qu’il sait voler. Bien des capacités humaines dorment ainsi, repliées : une langue apprise autrefois, un instrument laissé au grenier, un savoir-faire qu’on n’a plus l’occasion d’exercer. Les déplier de temps en temps permet de vérifier qu’elles sont toujours là.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un perce-oreille dans le linge
Il se glisse dans les fentes, les plis et les recoins sombres, et on le trouve volontiers dans une serviette ramassée sur le fil à linge ou entre les pétales d’un dahlia. Ce goût des cachettes étroites explique sans doute la vieille idée qu’il cherchait à entrer dans les oreilles.
Un perce-oreille coupé en deux
À Mons, on croyait qu’un perce-oreille coupé en deux pouvait se ressouder. Il n’en est rien : comme la plupart des insectes, il ne survit pas à une telle blessure.
Écraser un perce-oreille
En Auvergne, celui qui écrasait un perce-oreille du bout du petit doigt en faisant la croix, puis traçait un cercle autour avec ce doigt, devait faire une trouvaille. Au jardin, il rend pourtant service en mangeant des pucerons, ce qui plaide pour le laisser filer.
Une mère sous la pierre
En hiver, la femelle creuse un petit nid sous une pierre et y pond ses œufs. Elle ne les quitte plus pendant des semaines : elle les lèche sans relâche, ce qui les protège des moisissures, puis veille encore sur les petits après l’éclosion. Ce soin est rare chez les insectes.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le perce-oreille commun (Forficula auricularia) reste caché le jour dans les fissures et sort la nuit pour manger de petits insectes, des végétaux tendres et des fruits mûrs. Il entre dans les maisons par temps sec ou très humide. Rien n’indique qu’il recherche les oreilles humaines plus que n’importe quel autre recoin.
Ce que disent les croyances populaires
Poitou, Beauce, Haute-Bretagne
En Poitou, en Beauce et en Haute-Bretagne, on disait que si le perce-oreille pénétrait dans la tête d’une personne, il la ferait mourir en la traversant pour sortir de l’autre côté.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 305. Voir la page
France, XIXe siècle
Eugène Rolland notait qu’on croyait communément que cet insecte cherche à s’introduire dans l’oreille de l’homme, d’où ses noms de perce-oreille et de pince-oreille.
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. III (1881), p. 302. Voir la page
Mons (Belgique)
À Mons, on croyait qu’un perce-oreille coupé en deux pouvait se ressouder.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 303. Voir la page
Auvergne
En Auvergne, on faisait une trouvaille si l’on écrasait un perce-oreille avec la pointe du petit doigt en faisant la croix, et que l’on traçait un cercle autour avec ce doigt.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 308. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle capacité gardes-tu repliée, faute d’occasion de t’en servir ?