Everyday Omens

Voir une chenille

Voir des chenilles était d’un fâcheux présage en Ille-et-Vilaine, où on les tuait pour cette raison. Dans le Gard, on les chassait par une formule ; dans le Loiret, on allait jusqu’à les envoyer à la foire d’un village voisin.

Ce que cela peut signifier

Nombre de Hauts-Bretons, notait Sébillot, refusaient d’admettre que le papillon sorte d’une chenille en passant par une chrysalide. La transformation paraissait trop invraisemblable : comment cette bête rampante et vorace pourrait-elle devenir un être ailé ? Ce refus a quelque chose de très humain. On a du mal à croire qu’une personne puisse changer, surtout quand on l’a connue sous son plus mauvais jour. Un collègue difficile ou un ancien camarade a pourtant pu traverser, loin de nos yeux, sa propre métamorphose. Lui laisser la chance d’être vu tel qu’il est aujourd’hui ne coûte presque rien.

Selon la façon dont tu l’as vu

Des chenilles dans le potager

Dans le Gard, on allait remplir un arrosoir à une source d’une commune voisine, d’où l’on ne voyait pas son champ, puis on en répandait l’eau en petits filets sur les bords du champ dévasté en disant : « Chenille rongeuse, sors de ma ravière. » En Limousin, le laboureur les touchait de son aiguillon en criant : « À la foire ! »

Une file de chenilles processionnaires

Au printemps, les chenilles processionnaires du pin descendent des arbres en longues files, tête contre queue, pour s’enterrer. Leurs poils minuscules sont très irritants : mieux vaut les regarder passer de loin et tenir les chiens à distance.

Une invasion de chenilles

En 1735, quand d’innombrables chenilles arpenteuses ravagèrent l’Alsace et les environs de Paris, certains prétendirent avoir vu le sorcier ou la sorcière qui les répandait. Une invasion soudaine appelait un coupable. Ces pullulations suivent pourtant des cycles naturels, liés au climat et aux prédateurs.

Une chenille qui fait la boucle

Certaines chenilles avancent en formant une boucle, comme si elles mesuraient le terrain : ce sont les arpenteuses, dont les papillons portent le nom de géomètres.

Pourquoi cela arrive dans la nature

La chenille est la larve du papillon. Elle mange beaucoup et grandit en muant plusieurs fois, puis s’immobilise dans une chrysalide ou un cocon, où son corps se réorganise entièrement avant l’éclosion de l’adulte. Selon les espèces, cette métamorphose dure de quelques jours à plusieurs mois.

Ce que disent les croyances populaires

Ille-et-Vilaine

En Ille-et-Vilaine, on tuait les chenilles parce que leur vue était d’un fâcheux présage.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 308. Voir la page

Haute-Bretagne

Vers 1900, nombre de paysans de Haute-Bretagne n’admettaient pas que le papillon provienne d’une chenille par l’intermédiaire d’une chrysalide.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 303. Voir la page

Gard

Dans le Gard, pour « excommunier les chenilles », on répandait autour du champ de l’eau puisée dans une commune voisine en disant : « Chenille rongeuse, sors de ma ravière. »

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 312. Voir la page

Loiret

Dans le Loiret, on envoyait les chenilles à la foire : un jour de foire dans une localité voisine, avant le lever du soleil, on prenait trois chenilles de la main gauche et on les portait hors du jardin dans la direction de la foire.

Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. III (1881), p. 320. Voir la page

Alsace et environs de Paris

En 1735, quand l’Alsace et les environs de Paris furent ravagés par d’innombrables chenilles arpenteuses, quelques-uns prétendirent avoir vu le sorcier ou la sorcière qui les répandait.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 309-310. Voir la page

Pour réfléchir

Quelle personne de ton entourage n’as-tu pas regardée d’un œil neuf depuis longtemps ?