Une coccinelle se pose sur moi
Une coccinelle qui se pose sur toi était de bon augure à Mons. Ailleurs, on lui chantait une formulette pour lui confier un vœu avant qu’elle reparte : de l’or, un mari, ou simplement l’heure qu’il est.
Ce que cela peut signifier
On ne la laissait pas repartir sans lui parler. D’une région à l’autre, les enfants avaient une petite phrase pour la coccinelle posée sur leur main. À Paris, on lui demandait de rapporter de l’or et de l’argent ; à Marseille ou en Vendée, de montrer de quel côté l’on se marierait. Ces comptines ont un point commun : elles obligent à dire tout haut ce qu’on espère, à quelqu’un, fût-ce un insecte. Un souhait prononcé n’est plus tout à fait le même qu’un souhait gardé pour soi. Il devient plus net, et plus facile à confier ensuite à une vraie personne.
Selon la façon dont tu l’as vu
Sur le dos de la main
À Aix, une jeune fille donnait à chacun de ses doigts le nom d’un prétendant, refermait la main sur la coccinelle, puis regardait sur quel doigt elle se trouvait en la rouvrant. Le jeu prête à sourire. Il montre aussi la tentation de laisser le hasard trancher ce qu’on n’ose pas décider soi-même.
Sur un vêtement clair
Certaines coccinelles, surtout l’espèce asiatique, se rassemblent à l’automne sur les surfaces claires et ensoleillées avant de gagner leurs quartiers d’hiver. Un pull blanc au soleil fait l’affaire. Ce que la tradition lisait comme une faveur s’explique d’abord par la couleur et la chaleur.
Une coccinelle qui s’envole d’un coup
À Fontenay-le-Comte, on lui chantait « Vole, vole, ma petite Nicole, de quel côté me marierai-je ? » en guettant sa direction. Quand elle part enfin, la chanson n’y est pour rien : elle a déplié les ailes fines rangées sous ses élytres rouges, et le vent a fait le reste.
Lui demander l’heure
Du côté de Pithiviers, on comptait les heures à voix haute en répétant « envole-toi », et l’heure était celle de son départ. Une montre vivante et fantaisiste, qui donnait une heure fausse mais un moment de jeu bien réel.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Les coccinelles se posent sur nous par hasard, en quête d’un perchoir chaud, d’un point d’envol ou, à l’automne, d’un endroit où hiverner. Elles ne piquent pas. Inquiétées, elles peuvent libérer par les articulations des pattes un liquide jaune et amer qui dissuade les oiseaux de les manger.
Ce que disent les croyances populaires
Mons (Belgique)
À Mons, une coccinelle qui se posait sur quelqu’un était un présage de chance.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 324. Voir la page
Paris
À Paris, on lui demandait la richesse : « Bête à bon Dieu, au ciel envole-toi, tu m’apporteras de l’or et de l’argent. »
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. III (1881), p. 355. Voir la page
Marseille
À Marseille, les jeunes filles lui demandaient de quel côté elles se marieraient : si elle s’envolait vers un jeune homme, le mariage était proche ; vers une église, on leur disait qu’elles se feraient religieuses.
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. III (1881), p. 353. Voir la page
Vendée et Poitou
À Fontenay-le-Comte, on lui chantait : « Vole, vole, ma petite Nicole, de quel côté me marierai-je ? » ; en Poitou, on lui demandait si ce serait du côté de La Rochelle ou de Paris.
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. III (1881), p. 354. Voir la page
Pithiviers (Loiret)
Près de Pithiviers, on lui demandait l’heure en comptant : « S’il est une heure, envole-toi ; s’il est deux heures, envole-toi », et ainsi de suite jusqu’à son départ.
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. III (1881), p. 355. Voir la page
Pour réfléchir
Quel espoir n’as-tu encore jamais dit à voix haute, même à une seule personne ?