Everyday Omens

Voir un sanglier

Voir un sanglier présageait un malheur au XVIIe siècle, tout comme croiser un cerf ou un chevreuil. Un récit du Finistère expliquait sa couleur brune par une vieille femme qui voulut tricher avec le bon Dieu.

Ce que cela peut signifier

Un récit du Finistère raconte qu’au temps où le bon Dieu et saint Pierre parcouraient la terre, ils confièrent à une vieille femme une truie prête à mettre bas, à condition de recevoir la moitié de la portée. La truie eut huit petits. La vieille en cacha quatre dans le four, encore plein de cendres chaudes, et n’en montra que quatre. Quand saint Pierre ouvrit le four, les porcelets roussis filèrent vers le bois : ce furent les premiers sangliers. La morale du conte est limpide. Ce qu’on dissimule pour garder davantage finit par s’échapper, et il ne reste ni la part cachée ni la confiance des autres.

Selon la façon dont tu l’as vu

Une souille en lisière de bois

Une flaque de boue piétinée, un tronc frotté et maculé de terre à hauteur de genou : un sanglier est passé par là. Il se vautre dans la boue pour se rafraîchir, car il transpire très peu, et pour se débarrasser des parasites, puis se frotte contre un arbre voisin, qui garde longtemps la trace de son passage.

Des marcassins rayés

Les petits naissent au printemps avec un pelage brun clair parcouru de bandes plus pâles, qui les camoufle dans les sous-bois. Ces rayures disparaissent au bout de quelques mois. Loin du roussi du conte breton, leur premier habit est une cachette.

Un champ retourné

Les gens de Plédéliac, près de la forêt de la Hunaudaye, plantaient dans leurs champs de pommes de terre une gaule surmontée d’un Saint-Esprit, et l’on assurait que les sangliers n’y entraient jamais. Une terre retournée en une nuit est la marque de leur groin, qui fouille le sol à la recherche de racines et de vers.

Une croix dans la tête

Dans les Ardennes belges, on disait que certains os de la tête du sanglier offraient l’aspect d’une croix. L’œil retrouve volontiers des signes familiers dans les formes de l’os ou du bois.

Pourquoi cela arrive dans la nature

Le sanglier est un omnivore qui mange des glands, des racines, des vers et de petits animaux, et retourne le sol avec son groin. Ses populations ont fortement augmenté en France depuis quelques décennies, et il fréquente désormais les abords des villages, parfois même des villes, surtout la nuit.

Ce que disent les croyances populaires

France, XVIIe siècle

Au XVIIe siècle, selon le curé Thiers cité par Sébillot, voir un sanglier présageait un malheur, comme la vue d’un cerf ou d’un chevreuil.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 23. Voir la page

Finistère

D’après un récit du Finistère, une vieille femme cacha dans un four la moitié des porcelets qu’elle devait au bon Dieu et à saint Pierre ; roussis par la cendre chaude, ils s’enfuirent vers le bois, et c’est depuis ce temps que les sangliers ont le poil brun.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 8-9. Voir la page

Ardennes belges

Dans les Ardennes belges, on disait que certains os de la tête du sanglier présentaient l’aspect d’une croix.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 12. Voir la page

Plédéliac (Côtes-du-Nord)

Près de la forêt de la Hunaudaye, les gens de Plédéliac plantaient dans leurs champs une gaule portant un Saint-Esprit pour empêcher les sangliers de manger les pommes de terre ; jamais, disait-on, ils n’entraient dans un champ ainsi protégé.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 41. Voir la page

Pour réfléchir

Qu’as-tu voulu garder pour toi, et qu’est-ce qui a fini par t’échapper ?