Un lièvre qui traverse la route
Un lièvre qui traverse la route était un très mauvais présage au XVe siècle, mais il existait une parade : se retourner trois fois avant de reprendre son chemin. Regarder d’où l’on vient avant de repartir garde tout son sens.
Ce que cela peut signifier
Le lièvre surgit du fossé, file droit devant la voiture et disparaît dans le champ d’en face. Au XVe siècle, cette rencontre comptait parmi les pires présages. Les Évangiles des quenouilles donnaient pourtant aussitôt la parade : se retourner trois fois vers l’endroit d’où l’on venait, puis reprendre la route, et le danger était écarté. On peut sourire de cette précaution et en garder le détail le plus curieux : c’est vers le chemin parcouru qu’il fallait se tourner. Quand un imprévu barre la route, on ne regarde d’ordinaire que l’obstacle ou ce qui reste à faire. Un coup d’œil en arrière rappelle aussi tout ce qui a déjà été franchi pour arriver là, et l’on repart avec un peu plus d’assurance.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un lièvre dans les phares
Ébloui, il court parfois longtemps devant la voiture, dans la lumière, au lieu de sauter dans le fossé. Il ne sait plus où se trouve la sortie. Lever le pied lui laisse le temps de trouver un passage sur le côté.
Un lièvre le jour d’un mariage
En Haute- et en Basse-Bretagne, le croiser le jour d’une noce était particulièrement redouté. Un jour de fête, chaque détail prend une importance démesurée, et l’on cherche dans ce qui passe la confirmation de ses craintes ou de ses espoirs.
Un lièvre immobile dans un champ
Il compte d’abord sur son immobilité : couché dans son gîte, oreilles plaquées, il laisse approcher le promeneur de très près avant de détaler. Il ne dort pas ; il juge, jusqu’à la dernière seconde, si fuir est plus sûr que rester.
Un lapin plutôt qu’un lièvre
Plus petit, aux oreilles plus courtes, le lapin vit en colonie dans des terriers, alors que le lièvre vit seul et à découvert. En Ille-et-Vilaine, un lapin qui traversait la route passait pourtant lui aussi pour présager un accident.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le lièvre d’Europe vit à découvert dans les champs et les prairies et se repose le jour dans un simple creux du sol, le gîte. Il est surtout actif entre le soir et le petit matin, et traverse alors les routes entre deux parcelles. Très rapide, il fuit en ligne droite, puis par crochets brusques.
Ce que disent les croyances populaires
Recueil satirique du XVe siècle
Au XVe siècle, les Évangiles des quenouilles tenaient pour un très mauvais présage qu’un lièvre vienne au-devant de quelqu’un sur le chemin ; pour écarter tout danger, il fallait se retourner trois fois vers l’endroit d’où l’on venait, puis repartir.
Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 33. Voir la page
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, rencontrer un lièvre le matin portait malheur, et plus encore le jour d’un mariage.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 365. Voir la page
Vosges
Dans les Vosges, croiser un lièvre le 1er janvier présageait de la malchance pour toute l’année.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 23. Voir la page
Saintonge
En Saintonge, la vue d’un lièvre annonçait une perfidie.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 26. Voir la page
Normandie
En Normandie, on croyait autrefois qu’un lièvre qui apparaissait dans une assemblée où l’on buvait faisait se battre les convives, et qu’il semait la panique dans les foires.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 25. Voir la page
Pour réfléchir
Quand un imprévu te barre la route, que vois-tu en te tournant d’abord vers le chemin déjà parcouru ?