Croiser une belette
Croiser une belette portait bonheur aux maisons de Haute-Bretagne et du Poitou, mais son regard inquiétait en Basse-Bretagne. Dans le Finistère et les Pyrénées, on la désarmait par un compliment.
Ce que cela peut signifier
Avec la belette, les paysans avaient trouvé une parade étonnante : la flatter. Dans les Pyrénées, on la saluait d’un « la jolie dame que vous êtes ! », et dans le Finistère on lui assurait qu’elle était plus gentille qu’une demoiselle ; aussitôt, racontait-on, elle se mettait à gambader, ravie du compliment. Cette politesse envers une bête redoutée n’est pas si naïve. Face à ce qui inquiète, le premier réflexe est la défense ou l’attaque. La courtoisie ouvre une troisième voie : elle ne nie pas la crainte, elle change le ton de la rencontre. Quelques mots aimables désamorcent plus d’un face-à-face qu’on croyait hostiles.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une belette qui traverse la route
Elle file d’un bond, longue et souple, le dos en arc, et disparaît dans le talus avant qu’on ait compris. En Vendée, seule celle qui allait de droite à gauche était de mauvais augure. Ce souci du détail montre combien l’on cherchait à nuancer un présage plutôt qu’à le subir en bloc.
Une belette près de la maison
Au XIXe siècle, les paysans de la partie bretonnante des Côtes-du-Nord ne chassaient pas les belettes de leurs maisons : ils pensaient qu’elles y apportaient la chance. Elles y trouvaient surtout des rongeurs, ce qui rendait la cohabitation avantageuse pour tout le monde.
Une belette ou une fouine ?
La fouine est bien plus grande, brune avec une large tache blanche sous la gorge, et fréquente volontiers les greniers. La belette, minuscule, tient presque dans une main. En Gironde, celui qui voyait l’une ou l’autre traverser la route le matin, à jeun, devait tracer une croix à l’endroit de son passage avec une pierre ou un bout de bois.
Une belette dressée sur ses pattes arrière
Elle se redresse un instant pour regarder par-dessus les herbes, immobile, puis replonge. Cette seconde à découvert lui suffit pour évaluer la situation avant de décider de la suite. La curiosité, chez elle, va de pair avec une extrême prudence.
Pourquoi cela arrive dans la nature
La belette est le plus petit carnivore d’Europe : un corps fin, long d’une vingtaine de centimètres queue comprise, brun dessus et blanc dessous. Elle chasse surtout les campagnols et les souris, jusque dans leurs galeries. Active de jour comme de nuit, elle se laisse volontiers surprendre à traverser une route ou un chemin d’un trait.
Ce que disent les croyances populaires
Haute- et Basse-Bretagne, Poitou
En Haute-Bretagne, les belettes portaient bonheur aux maisons, et la même croyance existait en Poitou ; en Basse-Bretagne au contraire, le regard de la belette portait malheur.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 275. Voir la page
Pyrénées et Finistère
Dans la région des Pyrénées, on se protégeait de la belette en l’appelant aussitôt « la jolie dame » ; dans le Finistère, on lui disait qu’elle était plus gentille qu’une demoiselle, et elle se mettait, disait-on, à gambader de joie.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 24. Voir la page
Poitou
En Poitou, à la vue d’une belette, les paysans marchaient à reculons en poussant trois pierres pour écarter le mauvais présage.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 24. Voir la page
Berry et Vendée
En Berry, une belette qui coupait la route devant quelqu’un lui annonçait un décès imprévu ; en Vendée, seule celle qui allait de droite à gauche était funeste.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 23-24. Voir la page
Côtes-du-Nord
Vers le milieu du XIXe siècle, dans la partie bretonnante des Côtes-du-Nord, on ne chassait pas les belettes des maisons, car on croyait qu’elles y apportaient la chance.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 26. Voir la page
Pour réfléchir
Face à quelqu’un qui t’inquiète, qu’est-ce qu’un mot aimable pourrait changer à la rencontre ?