Everyday Omens

Voir une salamandre

Voir une salamandre inquiétait autrefois : dans le Jura et la Loire, son regard passait pour mortel si elle apercevait l’homme la première. Elle se montre surtout à ceux qui sortent sous la pluie.

Ce que cela peut signifier

On ne la croise presque jamais par beau temps. La salamandre sort la nuit et les jours de pluie, quand le sol des bois est trempé et que les promeneurs restent chez eux. Ceux qui la rencontrent sont donc ceux qui ont accepté de se mouiller : un chemin forestier sous l’averse, une lampe de poche après l’orage. Les anciens lui prêtaient des pouvoirs terribles : un regard qui tue, une haleine qui fait enfler. Rien de tout cela n’est vrai, mais sa rareté entretenait le mystère. Certaines rencontres sont réservées à ceux qui sortent quand le temps ne s’y prête pas.

Selon la façon dont tu l’as vu

Une salamandre sur un chemin, la nuit

À la lumière d’une lampe, elle avance lentement, noire et jaune, sans chercher à fuir. Mieux vaut la regarder sans la toucher : sa peau sécrète une substance irritante pour les yeux et la bouche. Si elle traverse une route, il suffit de patienter jusqu’à ce qu’elle ait atteint l’autre bord.

Une salamandre après l’orage

Les premières grosses pluies du printemps ou de l’automne la font sortir des souches et des murets, parfois en nombre. On découvre alors qu’un sentier qu’on croyait désert est habité par des dizaines de petites vies qui attendaient l’eau.

« Si sourd entendait »

Dans l’Ouest, on appelait la salamandre le sourd, et la Haute-Bretagne répétait : « Si anva voyait, si sourd entendait, homme sur terre ne vivrait. » Le dicton prête une puissance redoutable à deux bêtes inoffensives, l’orvet et la salamandre, en les supposant privées d’un sens.

Une salamandre dans une cave

Elle aime les lieux frais et humides et passe parfois l’hiver dans une cave, un vieux puits ou sous un tas de bois. Elle n’y fait aucun dégât et se nourrit de vers, de limaces et d’insectes.

Pourquoi cela arrive dans la nature

La salamandre tachetée vit dans les forêts humides, près des ruisseaux. Discrète le jour, elle se montre après les averses et chasse alors de petits invertébrés. Ses taches jaunes signalent aux prédateurs les sécrétions irritantes de sa peau ; elle ne mord pas et ne crache rien.

Ce que disent les croyances populaires

Jura, Loire et Bocage normand

Dans le Jura et dans la Loire, le regard de la salamandre passait pour mortel si elle voyait quelqu’un avant d’être vue ; dans le Bocage normand, on la disait capable de tuer d’un seul regard.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 269. Voir la page

Bretagne, XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, les Bretons n’osaient pas nommer la salamandre par son vrai nom, de peur qu’elle ne croie qu’on l’appelait et ne vienne faire du mal.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 267-268. Voir la page

Haute-Bretagne

Dans l’Ouest, où la salamandre portait le nom de sourd, la Haute-Bretagne disait : « Si anva voyait, si sourd entendait, homme sur terre ne vivrait » ; on la croyait privée d’ouïe, ce qui passait pour une chance.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 272. Voir la page

Vaucluse et Berry

Dans le Vaucluse, on prétendait que l’haleine de la salamandre faisait enfler les gens ; en Berry, la source où elle avait bu restait longtemps empoisonnée.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 270-271. Voir la page

Pour réfléchir

Quelle rencontre n’aurait jamais eu lieu si tu avais attendu le beau temps pour sortir ?