Être né coiffé
Les Hauts-Bretons disaient d’une personne chanceuse qu’elle était « née coiffée ». L’expression vient de la coiffe, un reste de membrane que certains bébés portent sur la tête à la naissance, et qui passait pour porter bonheur.
Ce que cela peut signifier
Certaines personnes semblent avoir reçu la chance avec la vie. Tout leur sourit, et l’on dit qu’elles sont nées coiffées, comme si l’avenir avait été réglé dès le premier jour. L’expression rassure ceux qui l’emploient : elle explique la réussite des autres sans rien leur demander. Elle oublie pourtant ce que chacun fait de ses facilités. Un don reçu au départ peut s’user, ou se cultiver longtemps. Ce qu’on a reçu au berceau dit peu de chose de ce qu’on en fera.
Selon la façon dont tu l’as vu
Quelqu’un à qui tout réussit
Pour une personne chanceuse, l’expression « née coiffée » était courante en Haute-Bretagne, et Sébillot notait que cette croyance avait jadis été à peu près générale. Deux siècles plus tôt, Thiers expliquait déjà que le proverbe venait de la coiffe des nouveau-nés.
Un bébé né avec sa coiffe
La scène est rare. Un morceau de membrane reste posé sur la tête de l’enfant, et on le lui retire aussitôt. Dans le Mentonnais, c’était un bon augure, au même titre que naître avec des dents ou en criant.
La coiffe gardée comme talisman
On ne jetait pas toujours cette petite peau. Un recueil satirique médiéval promettait même au soldat qui la portait sur lui de sortir indemne du combat. Thiers se moquait des avocats qui la gardaient sur eux en croyant devenir éloquents.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Pendant la grossesse, le bébé est entouré de membranes remplies de liquide, qui se rompent d’ordinaire avant ou pendant la naissance. Il arrive qu’un morceau reste collé sur la tête ou le visage du nouveau-né ; la personne qui l’accueille le retire aussitôt.
Ce que disent les croyances populaires
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, on disait d’une personne qui avait de la chance qu’elle était « née coiffée ». Sébillot précisait que la coiffe est une portion de membrane que quelques enfants ont sur la tête en venant au monde, et que cette croyance était jadis à peu près générale.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 12. Voir la page
France, XVIIe siècle
Au XVIIe siècle, le curé Thiers écrivait que la coiffe passait pour une marque de bonheur, d’où le proverbe qui dit d’un homme heureux qu’il est né coiffé ; il rapportait aussi que des avocats l’avaient portée sur eux pour devenir éloquents.
Source : Jean-Baptiste Thiers et al. (Amsterdam, J. F. Bernard), Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion, t. I (1733), p. 77. Voir la page
Recueil satirique du XVe siècle
Au XVe siècle, les Évangiles des quenouilles affirmaient qu’un homme qui portait au combat la petite peau qu’il avait apportée du ventre de sa mère ne pouvait être ni blessé ni navré.
Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 90. Voir la page
Mentonnais (Alpes-Maritimes)
Dans le Mentonnais, il était de bon augure de naître avec une coiffe, avec des dents, avec une veine bleuâtre sur le nez ou en criant.
Source : J. B. Andrews, « Traditions, superstitions et coutumes du Mentonnais », Revue des traditions populaires, t. IX (1894), p. 112. Voir la page
Pour réfléchir
Dans quel domaine as-tu reçu une facilité dès le départ, et qu’en as-tu fait jusqu’ici ?