Everyday Omens

La petite souris

La petite souris qui échange une dent de lait contre une pièce vient d’une vieille coutume : en Poitou, l’enfant glissait sa dent dans un trou de mur en demandant à la souris de lui en donner une autre.

Ce que cela peut signifier

Perdre une dent, pour un enfant, a quelque chose d’inquiétant : un morceau de soi tombe, un trou apparaît dans le sourire. La coutume transforme ce petit choc en rendez-vous. En Poitou, l’enfant déposait sa dent dans un trou de mur en disant : « Petite souris, je t’apporte une de mes dents, donne-m’en une autre. » En Limousin, ce rôle revenait aux rats, censés rapporter de jolies petites dents. Le choix des rongeurs ne doit sans doute rien au hasard : leurs dents sont blanches et solides. Le rituel promet à l’enfant que ce qu’il perd sera remplacé. Les grands changements passent mieux quand on leur donne une formule et une nuit d’attente.

Selon la façon dont tu l’as vu

La dent sous l’oreiller

Aujourd’hui, la dent se glisse sous l’oreiller et une pièce la remplace au matin. Les usages notés vers 1900 étaient plus modestes : un trou de mur, une poutre, une formule. Le cœur du rituel n’a pas changé : un échange, et une nuit à attendre.

Une dent qu’on ne retrouve pas

Avalée avec le goûter ou perdue dans la cour de récréation, elle manque à l’appel. On peut alors écrire un petit mot à la souris pour expliquer l’affaire. Le rituel s’adapte sans peine : ce qui compte est de marquer le passage, pas l’objet lui-même.

Une dent enterrée ou cachée

En Haute-Bretagne, l’enfant allait enterrer ou cacher sa dent quelque part ; ailleurs, on la glissait sous le seuil de la porte. En Lorraine comme en Limousin, on la déposait dans un trou de souris ou de rat. Dans tous les cas, la dent ne se jetait pas n’importe où.

Le premier sourire troué

La photo de classe avec un trou au milieu du sourire est un classique de l’enfance. Ce petit vide visible marque une étape que tout le monde traverse, et qu’on regarde plus tard avec tendresse.

Pourquoi cela arrive dans la nature

Les vingt dents de lait tombent en général entre six et douze ans, poussées par les dents définitives qui se forment au-dessous. Leur racine se résorbe peu à peu, et la dent finit par se détacher toute seule. Les rongeurs, eux, ont des incisives qui poussent toute leur vie.

Ce que disent les croyances populaires

Poitou et Béarn

En Poitou, l’enfant déposait sa dent dans un trou de muraille en demandant à la « petite souris » de lui en donner une autre ; une formulette semblable était en usage en Béarn.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 51. Voir la page

Limousin

En Limousin, on disait aux enfants de mettre leurs dents de lait dans la charpente, où les rats viendraient les chercher et leur en donneraient de jolies petites en échange.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 51. Voir la page

Lorraine et Limousin

En Lorraine et en Limousin, les enfants plaçaient leurs dents dans un trou de souris ou de rat, persuadés que ces petites bêtes viendraient les prendre et leur donneraient de jolies petites dents en échange.

Source : Paul Sébillot, Le paganisme contemporain chez les peuples celto-latins (1908), p. 65. Voir la page

Haute-Bretagne

En Haute-Bretagne, l’enfant qui perdait une dent de lait allait l’enterrer ou la cacher ; ailleurs, on la mettait sous le seuil de la porte. On lui disait aussi, pour rire, que chaque dent tombée correspondait à un mensonge.

Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 35. Voir la page

Pour réfléchir

Quel changement récent aurait mérité, toi aussi, un petit rituel pour être mieux traversé ?