La bûche de Noël et son tison
Avant d’être un gâteau, la bûche de Noël était un gros tronc mis au feu le 24 décembre au soir. On en conservait ensuite le tison, qui passait pour protéger de la foudre, en Haute-Bretagne comme dans le Berry.
Ce que cela peut signifier
La bûche de Noël n’était pas faite pour flamber vite. On choisissait un tronc énorme, et il devait tenir les trois jours de la fête, parfois davantage, en se consumant lentement sous la cendre. Ce feu-là réchauffait longtemps, sans spectacle. Une fête qui dure tient en partie à ce genre de chaleur discrète, entretenue plutôt qu’allumée d’un coup. Le morceau qu’on mettait de côté pour l’année suivante prolongeait encore le geste. Un peu de la veillée restait dans la maison jusqu’au prochain orage.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une bûche bénie la veille de Noël
Jadis, à Matignon, on posait une bûche neuve la veille de Noël après l’avoir arrosée d’eau bénite. Dans les Deux-Sèvres, le plus âgé versait quelques gouttes dans la main de chacun, du plus jeune au plus vieux, et tous aspergeaient la bûche à tour de rôle.
Un vœu par étincelle
Dans les Deux-Sèvres, au moment où la bûche s’enflammait, chacun formulait son souhait le plus cher, en espérant obtenir la chose désirée en aussi grande quantité que les étincelles qu’il réussirait à faire jaillir.
Un tison gardé sous le lit
En Berry, on rangeait les restes de la « cosse de Nau » sous le lit du maître de maison, et l’on en jetait un morceau au feu dès que le tonnerre grondait. En Basse-Bretagne, les charbons de la bûche, placés sous les lits, passaient aussi pour préserver la maison de l’incendie.
Un feu entretenu trois jours
En Berry, l’usage voulait que le feu de la cosse de Nau soit entretenu trois jours et trois nuits dans chaque maison. L’érudit berrichon Laisnel de la Salle y reconnaissait la trace d’anciens feux de solstice, une hypothèse de son temps.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Une grosse bûche de bois dur, à demi couverte de cendre, peut se consumer très lentement pendant des heures, ce qui permettait de la faire durer plusieurs jours. Les charbons gardés n’ont aucun effet sur la foudre, qui frappe surtout les points hauts et isolés.
Ce que disent les croyances populaires
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, le tison de la bûche de Noël préservait de la foudre. À Matignon, on mettait jadis une bûche neuve au feu la veille de Noël, après l’avoir arrosée d’eau bénite.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 217. Voir la page
Berry
En Berry, on conservait d’une année à l’autre les débris de la « cosse de Nau » sous le lit du maître de la maison ; chaque fois que le tonnerre se faisait entendre, on en jetait un morceau dans la cheminée pour protéger la famille contre la foudre.
Source : Laisnel de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. I (1875), p. 3. Voir la page
Basse-Bretagne
En Basse-Bretagne, les charbons provenant de la bûche de Noël étaient recueillis et placés sous les lits, car on leur prêtait la vertu d’éloigner le tonnerre et de préserver les maisons de l’incendie.
Source : L.-F. Sauvé, « Noël, IV : Traditions de la Basse-Bretagne », Revue des traditions populaires, t. II (1887), p. 536. Voir la page
Deux-Sèvres (Poitou)
Dans les Deux-Sèvres, la bûche de Noël, « Tréfougeau » ou « Cosse de Nau », restait dans l’âtre les trois jours de fête ; quand elle s’enflammait, chacun souhaitait obtenir l’objet désiré en aussi grande quantité qu’il ferait jaillir d’étincelles.
Source : R.-M. Lacuve, « Noël, V : Croyances en Poitou », Revue des traditions populaires, t. II (1887), p. 536. Voir la page
Deux-Sèvres (Poitou)
Dans les Deux-Sèvres encore, le charbon de cette bûche était conservé toute l’année : il servait de paratonnerre à la ferme.
Source : R.-M. Lacuve, « Noël, V : Croyances en Poitou », Revue des traditions populaires, t. II (1887), p. 536. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle chaleur, dans ta vie, gagnerait à durer plusieurs jours plutôt qu’à flamber en une seule soirée ?