Enjamber un enfant
Enjamber un enfant l’empêchait de grandir, croyait-on dès le XVe siècle, puis vers 1900 en Haute-Bretagne et dans le Cantal. Pour défaire le sort, il fallait repasser par-dessus en sens inverse.
Ce que cela peut signifier
Dans une cuisine où les petits jouaient par terre, enjamber un enfant était le chemin le plus court. La croyance obligeait à faire le tour. On s’écartait, on prenait quelques pas de plus, pour ne pas freiner celui qui avait encore toute sa croissance devant lui. Ce détour imposé ne coûtait presque rien et marquait un égard pour le plus petit de la pièce. On peut y lire une façon de laisser de la place à ceux qui se construisent, au lieu de passer au-dessus d’eux parce qu’ils sont à hauteur de genou.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un enfant qui joue par terre
Dès le XVe siècle, on assurait qu’un petit enfant enjambé ne grandirait plus jamais. Vers 1890, dans le Cantal, on disait encore que passer par-dessus un enfant en bas âge l’empêchait de grandir.
Un enfant qui en enjambe un autre
Selon Sébillot, on le faisait encore pour plaisanter, mais aussi très sérieusement, surtout entre enfants. En Haute-Bretagne, celui qui passait la jambe au-dessus d’un camarade récitait : « Faîne, faîne, dans la râ du chêne, tu n’grandiras p’us jamais d’autre. » En Gascogne, on lançait : « Je t’étête, crapaud, jamais tu ne viendras plus haut. »
Le geste qui défait le sort
Chez les Hauts-Bretons, l’enfant enjambé pouvait baisser la tête, ou bien la personne qui l’avait enjambé repassait par-dessus en sens inverse. La parade était déjà connue au XVe siècle.
Passer au-dessus d’un berceau
En Auvergne, du côté du Puy-de-Dôme, passer par-dessus un berceau portait malheur au petit. À Quimper, on évitait aussi de faire passer un enfant par la fenêtre : il ne grandirait pas.
Pourquoi cela arrive dans la nature
La taille d’un enfant ne dépend pas de ce qui passe au-dessus de sa tête. L’interdit avait surtout un intérêt pratique : dans une pièce où l’on circule, enjamber un petit qui joue au sol, c’est risquer de le heurter ou de lui marcher sur la main.
Ce que disent les croyances populaires
Recueil satirique du XVe siècle
Au XVe siècle, les Évangiles des quenouilles affirmaient que si quelqu’un enjambait un petit enfant, celui-ci ne grandirait plus jamais, à moins que la même personne ne repasse par-dessus en sens inverse.
Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 27. Voir la page
Haute-Bretagne et Poitou
En Haute-Bretagne, la formulette dite en passant la jambe au-dessus de la tête d’un enfant était : « Faîne, faîne, dans la râ du chêne, tu n’grandiras p’us jamais d’autre. » En Poitou, on disait aux enfants : « Tu ne profiteras plus. »
Source : Paul Sébillot, « Mythologie et folk-lore de l’enfance, V : La croissance et la fascination », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 28. Voir la page
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, on rendait le charme sans effet en baissant la tête, ou en faisant repasser en sens inverse la personne qui avait enjambé l’enfant.
Source : Paul Sébillot, « Mythologie et folk-lore de l’enfance, V : La croissance et la fascination », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 29. Voir la page
Cantal (Auvergne)
Dans le Cantal, si l’on passait par-dessus un enfant en bas âge, on l’empêchait de grandir.
Source : Antoinette Bon, « Superstitions auvergnates (Cantal) », Revue des traditions populaires, t. V (1890), p. 536. Voir la page
Puy-de-Dôme
Dans le Puy-de-Dôme, enjamber le berceau d’un enfant lui portait malheur.
Source : Dr Pommerol, « Croyances et superstitions du Puy-de-Dôme », Revue des traditions populaires, t. XIX (1904), p. 7. Voir la page
Gascogne
Sébillot notait que l’enjambement se pratiquait encore parfois par plaisanterie, mais aussi sérieusement, surtout par les enfants ; en Gascogne, on disait : « Je t’étête, crapaud, jamais tu ne viendras plus haut. »
Source : Paul Sébillot, Le paganisme contemporain chez les peuples celto-latins (1908), p. 60. Voir la page
Quimper (Finistère)
À Quimper, faire passer un enfant par la fenêtre l’empêchait de grandir.
Source : H. Le Carguet, « Petites croyances des Quimpéroises », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 194. Voir la page
Pour réfléchir
Autour de qui fais-tu volontiers un détour pour ne pas le gêner, et qui en fait un pour toi ?