Everyday Omens

Mettre un vêtement à l’envers

Mettre un vêtement à l’envers sans s’en apercevoir passait pour la promesse d’une nouvelle : une lettre à Quimper ou dans le Mentonnais, un cadeau du côté de Liège. Une croyance du Loir-et-Cher conseillait plutôt de le garder ainsi.

Ce que cela peut signifier

On s’habille le matin en pensant déjà à la journée, et l’étiquette du pull finit sous le menton sans qu’on l’ait vue. Les anciens tiraient de cette étourderie une promesse : quelque chose allait arriver, du courrier ou de la visite. L’idée a sa logique. Quand l’esprit prend de l’avance, c’est peut-être qu’il attend déjà quelque chose. Le vêtement retourné trahit sans doute que tu avais la tête ailleurs au moment de l’enfiler. Avant de le remettre à l’endroit, il est amusant de chercher ce qui t’occupait à ce point.

Selon la façon dont tu l’as vu

Un pull ou une chemise à l’envers

À Quimper, une chemise mise à l’envers annonçait une grande nouvelle, et un tablier retourné une visite inattendue. Autour de Liège, n’importe quel vêtement à l’envers promettait un cadeau.

Des chaussettes à l’envers

C’est l’erreur la plus discrète, puisqu’elle reste cachée dans la chaussure. À Quimper, des bas enfilés à l’envers sans s’en apercevoir faisaient attendre une lettre le jour même ou dans la semaine. Dans le Mentonnais, la chaussette retournée promettait une lettre chargée avant le soir.

Le garder ou le remettre à l’endroit

Les avis s’opposaient. En Loir-et-Cher, la femme qui découvrait le matin ses bas à l’envers avait intérêt à les laisser ainsi : aucun sort, croyait-on, ne pouvait plus l’atteindre. À Saint-Cast, au contraire, il fallait vite retourner poches, chemise ou jupe, sans quoi la pluie ne tarderait pas.

Une poche retournée exprès

On retournait parfois un vêtement volontairement. À La Roche-Maurice, dans le Finistère, celui qui croisait la « chandelle de nuit » retournait l’une de ses poches pour ne pas se laisser égarer par cette lueur.

Pourquoi cela arrive dans la nature

S’habiller est une suite de gestes automatiques, accomplis sans regarder, dans la pénombre ou en pensant à autre chose. Sur un tricot fin ou une chaussette, l’endroit et l’envers se distinguent à peine, et l’erreur ne se voit qu’à une couture ou à une étiquette.

Ce que disent les croyances populaires

Quimper (Finistère)

À Quimper, mettre ses bas à l’envers sans s’en apercevoir annonçait une lettre le jour même ou dans la semaine ; une chemise à l’envers, une grande nouvelle ; un tablier à l’envers, une visite inattendue.

Source : H. Le Carguet, « Petites croyances des Quimpéroises », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 199. Voir la page

Province de Liège (Belgique)

Aux environs de Liège, mettre un vêtement à l’envers promettait un cadeau.

Source : Alfred Harou, « Notes sur les traditions et les coutumes de la province de Liège », Revue des traditions populaires, t. XVI (1901), p. 116. Voir la page

Mentonnais (Alpes-Maritimes)

Dans le Mentonnais, celui qui avait mis sa chaussette à l’envers en s’habillant recevrait, disait-on, une lettre chargée dans la journée.

Source : J. B. Andrews, « Traditions, superstitions et coutumes du Mentonnais », Revue des traditions populaires, t. IX (1894), p. 257. Voir la page

Saint-Cast (Côtes-du-Nord)

À Saint-Cast, si l’on avait ses poches, sa chemise ou sa jupe à l’envers, il fallait se hâter de les retourner, sans quoi il ne tarderait pas à pleuvoir.

Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 366. Voir la page

Loir-et-Cher

En Loir-et-Cher, la femme qui s’apercevait le matin qu’elle avait mis ses bas à l’envers était heureuse : si elle les laissait ainsi, elle n’avait rien à craindre des sorts.

Source : François Houssay, « Coutumes et superstitions du Loir-et-Cher », Revue des traditions populaires, t. XV (1900), p. 383. Voir la page

Recueil satirique du XVe siècle

Au XVe siècle, un article des Évangiles des quenouilles assurait la victoire à la guerre et le succès dans le commerce à celui qui enfilait le matin sa chemise devant derrière ou à l’envers.

Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 65. Voir la page

Recueil satirique du XVe siècle

Une autre série du même recueil disait l’inverse : la personne qui mettait sa chemise à l’envers au lever ne tirerait de sa journée rien d’agréable ni de profitable.

Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 149. Voir la page

La Roche-Maurice (Finistère)

À La Roche-Maurice, dans le Finistère, on était sûr de s’égarer en rencontrant la « chandelle de nuit », sauf si l’on prenait la précaution de retourner l’une de ses poches.

Source : A. Dagnet, « Traditions et superstitions de la Basse-Bretagne, XXI : Finistère », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 499. Voir la page

Pour réfléchir

Quelle nouvelle espères-tu en ce moment, au point d’en oublier tes gestes du matin ?