Les cloches de Pâques partent à Rome
Pendant la semaine sainte, on raconte aux enfants que les cloches se sont envolées pour Rome. En Franche-Comté, on les guettait dans le ciel ; à Mons, elles revenaient le samedi en semant des œufs sous les plantes du jardin.
Ce que cela peut signifier
Du jeudi au samedi saint, les clochers se taisent, et les enfants demandaient forcément pourquoi. Chaque famille avait sa réponse, plus ou moins sérieuse : les cloches étaient parties pour Rome, elles reviendraient sur un chariot ou en semant des œufs dans le jardin. Ces récits ne cherchaient pas à tromper. Ils donnaient aux petits une image à leur mesure, en attendant qu’ils comprennent le sens de ce silence partagé par toute la paroisse. Chacun passe ainsi d’une explication imagée à une autre, plus juste, sans que la première ait été inutile.
Selon la façon dont tu l’as vu
Des clochers muets à partir du jeudi saint
En Franche-Comté, à partir du jeudi, on ne sonnait plus les cloches, et pour cause, disait-on : elles étaient allées à Rome. Les enfants parcouraient alors les rues avec des crécelles, des sonnettes ou des grelots pour appeler aux offices.
Guetter le passage des cloches
À Courpière, en Auvergne, il fallait monter au sommet du Puy-de-Dôme, ou regarder au fond d’une rivière, pour les voir passer. En Franche-Comté, les parents emmenaient les plus jeunes sur un tertre pour regarder vers Rome, d’où les cloches pouvaient revenir sur un chariot tiré par quatre chevaux blancs.
Des œufs cachés dans le jardin
À Mons et dans ses environs, les cloches revenaient le samedi en rapportant des œufs, des bonbons et des jouets, qu’on cachait sous les plantes du jardin. À Morlaix, celui qui montait sur une colline au moment de leur départ recevait des dragées.
Pourquoi partent-elles ?
Les réponses variaient avec l’humour des parents. Dans le Morbihan, on expliquait aux enfants que les cloches partaient à Rome se faire étamer. À Liège, l’enfant qui faisait des grimaces au moment de leur retour risquait de rester défiguré.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Dans la liturgie catholique, les cloches se taisent du jeudi saint jusqu’à la veillée pascale, en mémoire de la Passion. Le récit du voyage à Rome explique ce silence aux enfants, et les crécelles de bois les remplaçaient autrefois pour annoncer les offices.
Ce que disent les croyances populaires
Courpière (Puy-de-Dôme)
À Courpière, dans le Puy-de-Dôme, on disait que les cloches allaient à Rome à partir du jeudi saint et ne revenaient que le samedi saint ; pour les voir passer, il fallait aller au sommet du Puy-de-Dôme ou regarder au fond de l’eau d’une rivière.
Source : Dr Pommerol, « Folk-lore de l’Auvergne, VI : Les fêtes », Revue des traditions populaires, t. XIII (1898), p. 94. Voir la page
Franche-Comté
En Franche-Comté, les parents conduisaient les plus jeunes sur un tertre et les faisaient regarder vers Rome pour voir revenir les cloches, qui arrivaient parfois sur un chariot traîné par quatre chevaux blancs ; leur course était si rapide qu’un instant d’inattention empêchait de les voir.
Source : Charles Beauquier, « Les mois en Franche-Comté », Revue des traditions populaires, t. XIV (1899), p. 177-178. Voir la page
Mons (Hainaut, Belgique)
À Mons et dans les environs, les cloches partaient pour Rome le jeudi saint et revenaient le samedi en rapportant des œufs, des bonbons et des jouets, qu’on cachait sous les plantes du jardin.
Source : Alfred Harou, « Mythologie et folk-lore de l’enfance, XXVIII : En Wallonie », Revue des traditions populaires, t. XXII (1907), p. 306. Voir la page
Liège (Belgique)
À Liège, l’enfant qui faisait des grimaces au moment où les cloches revenaient de Rome risquait de rester défiguré.
Source : Alfred Harou, « Mythologie et folk-lore de l’enfance, XXVIII : En Wallonie », Revue des traditions populaires, t. XXII (1907), p. 305. Voir la page
Morbihan (Basse-Bretagne)
Dans le Morbihan, aux enfants qui demandaient pourquoi les cloches partaient pour Rome, on répondait que c’était pour se faire étamer.
Source : J. Frison, « Mythologie et folk-lore de l’enfance, XXXV : En Basse-Bretagne (Morbihan) », Revue des traditions populaires, t. XXII (1907), p. 361. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle explication imagée t’a-t-on donnée enfant, et à quel âge as-tu découvert l’autre ?