Voir un faucheux
Voir un faucheux portait bonheur dans les Hautes-Vosges, où on l’appelait tout simplement « chance », alors qu’en Ille-et-Vilaine celui qui grimpait sur l’épaule de quelqu’un annonçait un deuil. Peu d’animaux ont reçu autant de noms.
Ce que cela peut signifier
Les gens des Hautes-Vosges l’appelaient « chance ». La Nièvre en faisait une « divine » et la Normandie une « grand-mère ». Ce petit animal aux pattes interminables a collectionné les noms comme d’autres les médailles. Chaque surnom raconte ce que les gens voyaient en lui : un oracle ou un artisan penché sur son ouvrage. On porte soi-même des noms différents selon qui nous regarde, au travail ou en famille. Le faucheux montre qu’on peut être tout cela à la fois sans cesser d’être soi.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un faucheux sur l’épaule
En Ille-et-Vilaine, celui sur l’épaule duquel montait un faucheux devait mourir avant peu, disait-on, et l’on entendait parfois : « Veut-il me mener dans le cimetière ? » Le faucheux cherche simplement un perchoir en hauteur ; il n’a ni venin ni crochets capables de percer la peau.
Un faucheux à qui l’on demande le loup
En Côte-d’Or, les enfants lui demandaient : « Bergerette, bergereau, dis-moi de quel côté est le loup », et suivaient du regard la patte qui bougeait. On posait la même question dans les Vosges. Cet oracle de poche répondait toujours, ce qui suffisait à rassurer.
Un faucheux n’est pas une araignée
Il a huit pattes, mais son corps est d’un seul bloc, sans taille marquée, et il ne tisse pas de toile. Il appartient à un autre groupe que les araignées et se nourrit de petits insectes, de débris végétaux et même de fruits mûrs.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le faucheux n’est pas une araignée mais un opilion, cousin éloigné de celles-ci. Son corps ovale porte huit pattes très longues et fines ; il ne produit ni soie ni venin. On le croise dans les jardins, les caves et contre les murs, surtout à la fin de l’été et en automne.
Ce que disent les croyances populaires
Hautes-Vosges et Ille-et-Vilaine
Dans les Hautes-Vosges, le faucheux, qu’on appelait « chance », portait bonheur à quelque moment du jour qu’on l’aperçoive ; en Ille-et-Vilaine, celui qui montait sur l’épaule d’une personne annonçait qu’elle mourrait avant peu.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 324. Voir la page
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, on entendait dire à quelqu’un qui portait un faucheux sur lui : « Veut-il me mener dans le cimetière ? »
Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II (1882), p. 291. Voir la page
Vosges, Nièvre, Morvan, Normandie
On appelait le faucheux « chance » dans les Vosges, « divine » dans la Nièvre, « sorcière » ou « bergère » dans le Morvan, « araignée de dame » dans le pays messin, « grand-mère » en Normandie et « tailleur » en breton.
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. III (1881), p. 244. Voir la page
Côte-d’Or et Vosges
En Côte-d’Or, à Saint-Germain-de-Modéon, on lui demandait : « Bergerette, bergereau, dis-moi de quel côté est le loup » ; dans les Vosges, on l’interrogeait de la même façon.
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. III (1881), p. 245. Voir la page
Pour réfléchir
Sous quels surnoms les gens qui te connaissent te désignent-ils, et lequel te ressemble le plus ?