Trouver un trèfle à quatre feuilles
Trouver un trèfle à quatre feuilles promettait bonheur et richesse au XVe siècle déjà, et le Berry le disait capable d’écarter tous les sorts. Le chercher apprend surtout à voir l’exception au milieu de l’ordinaire.
Ce que cela peut signifier
Dans La Petite Fadette, George Sand montre une bergère qui cherche le trèfle à quatre feuilles avec le plus grand sérieux, un dimanche, en gardant ses moutons. Laisnel de la Salle citait ce passage pour décrire un jeu des enfants du Berry. Il y faut de la patience, mais surtout un œil exercé : au milieu de milliers de feuilles toutes pareilles, repérer celle qui n’a pas la même forme. Cette attention-là se cultive. Une fois le premier trèfle trouvé, on regarde la touffe d’à côté avec d’autres yeux. Le porte-bonheur tient peut-être autant à ce regard qu’à la plante elle-même.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un trèfle à cinq feuilles
Plus rare encore, il passait pour un grand porte-bonheur à Brûlon, dans la Sarthe, à condition d’avoir été trouvé le matin de la Saint-Jean, à jeun. Plus une chose est rare, plus on lui prête de pouvoir, quitte à y ajouter des conditions que le hasard seul ne réunit presque jamais.
Un pot de « trèfles » au Nouvel An
Fin décembre, les fleuristes vendent des pots où chaque feuille compte quatre folioles. Ce n’est pas du trèfle, mais un oxalis, une plante d’une autre famille dont les quatre folioles sont la règle. On l’offre pour souhaiter une bonne année : l’exception est devenue la norme, et il n’y a plus rien à chercher dans l’herbe.
Le trouver à la Saint-Jean
Près de Charleroi, une jeune fille qui trouvait un trèfle à quatre feuilles à la Saint-Jean était assurée de se marier avant la fin de l’année. En Berry, on disait qu’il ne possédait toutes ses vertus que cueilli la nuit qui précède cette fête. La plus courte nuit de l’année concentrait bien des espoirs.
Quatre feuilles en forme de croix
Dans les Vosges, on remarquait que ses quatre feuilles dessinent une croix, et on le disait capable de préserver de tous les enchantements. La forme seule suffisait à faire d’une herbe banale un objet protecteur.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le trèfle ordinaire porte trois folioles. Une quatrième, voire une cinquième, apparaît rarement, par une anomalie de développement dans laquelle l’hérédité de la plante et son environnement jouent tous deux un rôle. Certaines touffes en produisent plus que d’autres.
Ce que disent les croyances populaires
Recueil satirique du XVe siècle
Au XVe siècle, on affirmait que celui ou celle qui trouvait le trèfle à quatre feuilles et le gardait avec respect serait heureux et riche toute sa vie.
Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 39. Voir la page
Berry
En Berry, un brin de trèfle à quatre feuilles passait pour mettre à l’abri de toute espèce de sorts et attirer toutes sortes de bonheurs ; on assurait qu’il ne possédait toutes ses vertus que cueilli par une jeune fille la nuit qui précède la Saint-Jean.
Source : Laisnel de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. I (1875), p. 287-288. Voir la page
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, celle ou celui qui trouvait un trèfle à quatre feuilles devait se marier avant un an.
Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II (1882), p. 345. Voir la page
Sarthe
À Brûlon, dans la Sarthe, le trèfle à cinq feuilles trouvé le jour de la Saint-Jean, le matin et à jeun, était un grand porte-bonheur.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. IV (1903), p. 146. Voir la page
Charleroi (Belgique)
Près de Charleroi, le trèfle à quatre feuilles trouvé à la Saint-Jean par une jeune fille lui assurait un époux dans l’année.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. IV (1903), p. 147. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle petite exception, dans ta journée ordinaire, mériterait que tu ralentisses pour la remarquer ?