Tuer une araignée
Tuer une araignée portait malheur en Gironde, alors qu’en Flandre française l’écraser suffisait à effacer une mauvaise rencontre. Cette idée de faire disparaître le messager pour annuler le message mérite qu’on s’y arrête.
Ce que cela peut signifier
Dans la Flandre française, quand on croisait une araignée de mauvais augure, il suffisait de l’écraser pour détruire l’effet de la rencontre. L’idée est vieille comme le monde : faire taire le messager pour ne plus entendre la nouvelle. On la retrouve bien au-delà des araignées. Couper la parole à celui qui apporte une critique, effacer un message gênant : le malaise reste là, seul le porteur a disparu. La Gironde voyait les choses autrement et tenait la mort d’une araignée pour un malheur. Laisser vivre le messager laisse au moins une chance d’écouter ce qu’il apportait.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une araignée écrasée le matin
En Wallonie, écraser une araignée le matin promettait au contraire de l’argent. Selon les pays, le même geste annonçait une perte ou un gain ; pour l’araignée, en revanche, l’issue restait toujours la même.
Des toiles laissées dans l’étable
Dans les Vosges et en Berry, on n’enlevait pas les toiles des étables : elles arrêtaient les insectes qui tourmentent le bétail l’été. En Bresse, les détruire rendait les bêtes boiteuses. Les éleveurs savaient reconnaître une alliée discrète.
Une araignée qu’on met dehors
Un verre retourné, une feuille de papier glissée dessous, et l’araignée retrouve le jardin. Ce petit transport ne prend qu’une minute et règle la question sans violence. Il permet aussi de la regarder de près, ce qu’on fait rarement.
Une toile dans l’écurie
Dans les Cévennes, on croyait que les toiles laissées dans l’écurie protégeaient les chevaux du gripé, un lutin qui venait les tourmenter la nuit. En Poitou, on disait que les araignées purifiaient l’air des étables.
Pourquoi cela arrive dans la nature
En France, les araignées de nos maisons sont sans risque pour nous ; leurs toiles retiennent mouches, moucherons et moustiques. La plupart ne cherchent qu’un coin tranquille et fuient la lumière.
Ce que disent les croyances populaires
Gironde
Dans la Gironde, tuer les araignées portait malheur.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 307. Voir la page
Flandre française
Dans la Flandre française, on détruisait l’effet d’une mauvaise rencontre avec une araignée en l’écrasant.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 308. Voir la page
Wallonie (Belgique)
En Wallonie, écraser une araignée le matin était un présage d’argent.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 308. Voir la page
Limousin, Cévennes, Midi, Anjou
Autrefois, en Limousin, les araignées portaient bonheur dans les étables ; dans les Cévennes, leurs toiles préservaient les chevaux du gripé, et en Lauraguais, en Anjou et en Provence, elles absorbaient le venin de l’étable.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 324. Voir la page
Vosges, Berry et Bresse
Dans les Vosges et en Berry, on n’enlevait pas les toiles d’araignée, car on pensait qu’elles arrêtaient les insectes qui importunent le bétail l’été ; en Bresse, si on les détruisait, les bêtes devenaient boiteuses.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 325. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle nouvelle désagréable as-tu reprochée à celui qui l’apportait, plutôt qu’à ce qu’elle disait ?