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Voir un lucane cerf-volant

Le lucane cerf-volant, avec ses grandes « cornes », passait pour un talisman. Une tête de mâle glissée dans la poche portait chance, assurait-on au nord de la Bretagne ; en Berry, fixée au cordon du chapeau, elle préservait des maléfices.

Ce que cela peut signifier

Avec ses mandibules en forme de bois de cerf, le lucane a l’air armé pour la bataille. Les paysans voulaient lui emprunter cette allure : ils portaient sa tête dans une poche ou l’accrochaient au chapeau, comme si un peu de sa force passait à celui qui la gardait. Chacun a ses manières de trouver de l’aplomb, avec un objet glissé dans la poche ou le souvenir de quelqu’un de solide. Ces appuis ne font pas le travail à notre place. Ils aident seulement à franchir le pas quand l’audace manque.

Selon la façon dont tu l’as vu

Un lucane qui vole au crépuscule

Les soirs d’été, il passe lourdement en bourdonnant, presque à la verticale, comme s’il peinait à se maintenir en l’air. En Haute-Bretagne, quand les cerfs-volants volaient ainsi le soir, on attendait un changement de temps.

Un mâle aux grandes cornes

Une tête de mâle, le « cer », portée dans la poche assurait la chance ; celle de la femelle, la « cer-résse », n’avait pas le même effet, précisait-on au nord de la Bretagne. En Normandie comme en Loire-Inférieure, on la portait aussi comme talisman, et en Eure-et-Loir, elle passait pour faire rentrer l’argent douze mois durant.

Des cornes accrochées au chapeau

En Berry, une tête de cerf-volant placée au cordon du chapeau passait pour préserver des maléfices. Dans la Beauce, il suffisait, croyait-on, de l’avoir sur soi pour échapper aux charmes des baladins, et dans les Vosges, on comptait sur elle contre la foudre.

Un lucane qu’on préférait écraser

En Haute-Bretagne, au contraire, on tuait les cerfs-volants : si on les laissait vivre, ils viendraient, disait-on, dormir dans le lit de qui les avait épargnés. L’insecte est pourtant inoffensif, et il vaut mieux le laisser repartir vers ses vieux arbres.

Pourquoi cela arrive dans la nature

Le lucane cerf-volant est le plus grand coléoptère d’Europe. Les « bois » du mâle sont des mandibules qui lui servent à combattre ses rivaux. Sa larve vit plusieurs années dans le bois mort des vieux arbres, et l’adulte ne vit que quelques semaines, en juin et en juillet.

Ce que disent les croyances populaires

Haute-Bretagne

En Haute-Bretagne, quand les cerfs-volants volaient le soir en bourdonnant, c’était l’annonce d’un changement de temps ; et l’on avait de la chance si l’on portait dans sa pochette une tête de « cer », celle de la « cer-résse » ne faisant pas le même effet.

Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II (1882), p. 285. Voir la page

Côtes-du-Nord, Eure-et-Loir, Normandie

Dans les Côtes-du-Nord, on s’assurait la chance avec une tête de cerf-volant mâle dans la poche ; en Eure-et-Loir, il fallait en garder une sur soi pour ne pas manquer d’argent de l’année ; en Normandie et dans la Loire-Inférieure, elle était un talisman de bonheur.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 309. Voir la page

Berry, Beauce, Vosges

En Berry, une tête de cerf-volant placée au cordon du chapeau préservait des maléfices ; dans la Beauce, il suffisait de l’avoir sur soi pour être à l’abri des charmes des baladins ; dans les Vosges, l’insecte, vivant ou desséché, éloignait les sortilèges et sa tête préservait de la foudre.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 309. Voir la page

Pays de Baugé (Maine-et-Loire)

Au pays de Baugé, une tête de lucane mâle faisait partie des objets qui, portés sur soi, passaient pour porter bonheur.

Source : C. Fraysse, « Au pays de Baugé », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 365. Voir la page

Haute-Bretagne

En Haute-Bretagne, on tuait les cerfs-volants, parce que si on négligeait de le faire, ils viendraient coucher avec la personne qui les aurait eus à sa portée.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 308. Voir la page

Pour réfléchir

À qui ou à quoi empruntes-tu un peu de courage quand il t’en manque ?