Les saints de glace
Les saints de glace, fêtés les 11, 12 et 13 mai, passaient à Paris pour ramener le gel sur les jardins. Ce vieux repère du calendrier invite les jardiniers à attendre un peu avant de sortir les plants frileux.
Ce que cela peut signifier
Les premières chaleurs arrivent, les jardineries débordent de plants de tomates, et la tentation est grande de tout mettre en terre. Le dicton des saints de glace freine cet élan. À Paris, on redoutait l’influence glaciale de saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais, du 11 au 13 mai ; en Berry, c’étaient d’autres « cavaliers » de la fin avril qu’on jugeait dangereux pour les cerisiers. Derrière ces noms se cache une vraie prudence de cultivateur : la douceur d’une semaine ne garantit pas celle du mois. Attendre quelques jours de plus coûte peu, alors qu’un plant gelé fait perdre des semaines.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une gelée en plein mois de mai
Après un avril doux, une nuit claire et sans vent suffit à faire descendre la température sous zéro au ras du sol. Les jeunes pousses de vigne, les fleurs des arbres fruitiers et les plants frileux en souffrent les premiers. Le vieux calendrier gardait la mémoire de ces matins blancs.
Les « cavaliers » du Berry
En Berry, on appelait chevaliers, cavaliers ou saints vendangeurs Georges, Marc, Eutrope, Philippe et la Sainte-Croix, fêtés entre la fin avril et le début mai, et l’on disait : « Marquet, Georget, Phlipet, Croiset, tous saints dont il faut se méfier. » Chaque région avait sa propre liste de jours à surveiller.
L’aubépine en fleur
En Berry, on croyait que la floraison de l’aubépine provoquait les gelées, et l’on parlait de « l’hiver de l’ébaupin ». La fleur blanche ne cause rien : elle s’ouvre simplement à l’époque où ces retours de froid sont fréquents, et l’on a pris la coïncidence pour une cause.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Au printemps, les nuits claires et sans vent laissent la chaleur du sol s’échapper vers le ciel : la température peut alors descendre sous zéro au ras des plantes, même après des journées douces. Ces gelées tardives restent possibles jusqu’à la mi-mai presque partout en France ; le dicton a donc du sens.
Ce que disent les croyances populaires
Paris
À Paris, on redoutait l’influence glaciale de saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais, appelés saints de glace, dont les « méfaits » tombaient les 11, 12 et 13 mai.
Source : Laisnel de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. II (1875), p. 275. Voir la page
Berry
En Berry, on se méfiait des « cavaliers » de la fin avril et du début mai ; Georget passait pour faire couler les cerises s’il pleuvait le jour de sa fête, et la pluie de la Saint-Marc nuisait aux pruniers.
Source : Laisnel de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. II (1875), p. 275. Voir la page
France, XVIe siècle-1900
Au XVIe siècle, Rabelais appelait les saints de cette période « gresleurs, geleurs et gasteurs du bourgeon » ; vers 1900, on les nommait en plusieurs pays saints de glace, ordinairement au nombre de quatre.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 123. Voir la page
Midi et Franche-Comté
Dans le Midi, on parlait des « quatre cavaliers », Georges, Marc, Eutrope et la Croix ; en Franche-Comté, on en comptait cinq.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 124. Voir la page
Berry
En Berry, on était convaincu que la floraison de l’aubépine amenait les gelées, et l’on parlait de « l’hiver de l’ébaupin » comme de l’été de la Saint-Martin.
Source : Laisnel de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. II (1875), p. 276. Voir la page
Pour réfléchir
Dans quel projet as-tu envie de te lancer tout de suite, alors qu’attendre un peu le protégerait ?