Repiquer du persil
Repiquer du persil portait malheur du Loiret au Languedoc et en Belgique wallonne : le persil devait être semé, jamais déplacé. Cette plante qui n’aime pas changer de place fait réfléchir aux racines.
Ce que cela peut signifier
Le persil se sème, il ne se transplante pas : le curé Thiers le notait déjà, et vers 1900 on le répétait encore du Poitou à la Saône-et-Loire. Le déplacer, c’était attirer le malheur sur soi ou sur un proche, et les dictons ne manquaient pas pour le dire. Les jardiniers savent aussi que cette plante à longue racine pivotante supporte mal le repiquage. Certaines choses gagnent à commencer là où elles vont vivre. Une amitié ou un projet qu’on arrache sans cesse pour le replanter ailleurs finit par s’épuiser. Avant de déplacer ce qui a déjà pris racine, demande-toi s’il ne pousserait pas mieux là où il est.
Selon la façon dont tu l’as vu
Du persil qui tarde à lever
Au XVIe siècle, les vieilles disaient que la graine de persil allait aux enfers avant de sortir, tant elle met de temps à lever. Il faut en effet attendre deux à quatre semaines avant de voir les premières pousses. Le persil apprend la patience à ceux qui le sèment.
Semé par un enfant
Au XVIIe siècle, Thiers notait que certains faisaient semer le persil par un enfant ou par quelqu’un qui n’avait pas de chagrin, pour qu’il vienne mieux ; en Beauce, on croyait encore vers 1900 qu’il réussissait semé par un enfant. Une main légère et sans souci, disait la croyance, faisait mieux pousser.
Un persil qui pousse trop bien
À Ineuil, dans le Cher, semer peu de persil et en récolter beaucoup était un présage de malheur. Dans les Deux-Sèvres, un persil vigoureux indiquait au moins qu’aucun trésor n’était caché dans le jardin, et à Fontenay, en Vendée, qu’il n’y avait pas de jaloux dans la maison.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le persil est une plante bisannuelle dont la graine germe lentement, souvent en deux à quatre semaines. Sa racine pivotante supporte mal d’être déplacée, ce qui explique que les jardiniers le sèment d’ordinaire directement en place. Repiqué, il reprend difficilement.
Ce que disent les croyances populaires
France, XVIIe siècle-1900
Au XVIIe siècle, le curé Thiers rapportait qu’on disait que ceux qui transplantent du persil meurent dans l’année ; vers 1900, la croyance existait encore en Languedoc, en Saône-et-Loire, dans le Loiret et en Poitou.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VI (1906), p. 185. Voir la page
Ardennes, Saintonge, Wallonie
Dans les Ardennes, repiquer du persil, c’était « repiquer », autrement dit enterrer, l’âme de son plus proche parent ; en Saintonge et en Belgique wallonne, on disait qu’on causait ainsi la mort de son plus proche parent.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VI (1906), p. 185. Voir la page
Loiret et Yonne
À Saint-Martin-sur-Ocre, dans le Loiret, et dans l’Yonne, on disait : « Qui plante du persil plante son meilleur ami. »
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VI (1906), p. 185. Voir la page
Cher et Deux-Sèvres
À Ineuil, dans le Cher, semer peu de persil et en voir venir beaucoup était un présage de malheur ; dans les Deux-Sèvres, un persil qui réussissait bien montrait qu’aucun trésor n’était caché dans le jardin.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VI (1906), p. 184. Voir la page
Pour réfléchir
Qu’est-ce qui a pris racine dans ta vie et pousserait peut-être mieux si tu cessais de le déplacer ?