Everyday Omens

Pluie le jour du mariage

La pluie le jour du mariage n’avait pas la même valeur d’une ville à l’autre. À Dinan, elle présageait une mariée heureuse ; à Quimper, des mariés riches ; dans le pays de Saint-Malo, des larmes.

Ce que cela peut signifier

Autour d’une noce, chacun avait son dicton prêt pour le ciel. Quand il pleuvait, les invités trouvaient presque toujours une bonne raison de s’en réjouir, qu’il s’agisse d’enfants nombreux ou de larmes versées une fois pour toutes. Ces formules servaient moins à prédire qu’à consoler une mariée qui voyait sa robe mouillée. Une journée préparée pendant des mois se déroule rarement comme sur le papier. Ce qui reste, des années plus tard, c’est la façon dont les proches ont accueilli l’imprévu, bien plus que la couleur du ciel.

Selon la façon dont tu l’as vu

Une averse à la sortie de la mairie

En Haute-Bretagne, la pluie faisait dire que la mariée « aimera bien le gratin », autrement dit une famille nombreuse. À Quimper, un dicton plus moqueur promettait des enfants « morveux ». La noce riait des deux, et c’était sans doute le but.

Un rayon de soleil entre deux averses

À Dinan, quand le soleil perçait au milieu de la pluie, on s’écriait : « Voilà la mariée qui rit. » Le moment ne durait qu’une minute, mais il fournissait une jolie phrase à répéter au repas.

De la neige le jour des noces

De l’autre côté des Alpes, en vallée d’Aoste, la neige valait mieux que la pluie : elle promettait la fortune, alors que l’averse était de mauvais augure. Une noce d’hiver sous les flocons avait donc toutes les chances d’être bien vue.

Une habitude de cuisine mise en cause

Un vieux reproche faisait de la mariée la responsable du mauvais temps. Au XVe siècle, on accusait la fille qui mangeait son lait bouilli à même la poêle. En Gironde comme en Montagne Noire, on visait celle qui frottait la poêle avec un morceau de pain.

Pourquoi cela arrive dans la nature

Le temps qu’il fait un jour donné dépend des perturbations qui traversent la région, pas de ce qui s’y célèbre. Si les dictons sur la pluie de noce sont si nombreux, c’est qu’autrefois une bonne partie de la fête se passait dehors, sur le chemin de l’église ou de la mairie, et qu’une averse ne passait pas inaperçue.

Ce que disent les croyances populaires

Haute-Bretagne

En Haute-Bretagne, un beau temps le jour du mariage portait chance au ménage ; s’il pleuvait, la mariée « aimera bien le gratin », c’est-à-dire qu’elle aurait beaucoup d’enfants.

Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 115. Voir la page

Dinan (Côtes-du-Nord)

À Dinan, la pluie promettait une mariée heureuse : on disait que c’étaient les larmes qu’elle aurait dû verser qui tombaient ce jour-là. Un rayon de soleil faisait dire : « Voilà la mariée qui rit. »

Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 115. Voir la page

Quimper (Finistère)

À Quimper, la pluie le jour du mariage voulait dire que les mariés seraient riches ; un autre dicton annonçait que les enfants à naître seraient « morveux ».

Source : H. Le Carguet, « Petites croyances des Quimpéroises », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 197. Voir la page

Pays de Saint-Malo

Dans le pays de Saint-Malo, quand la pluie tombait le jour du mariage, on disait que la mariée pleurerait.

Source : F. Duine, « Coutumes et superstitions de la Haute-Bretagne, XXIV : Pays de Saint-Malo », Revue des traditions populaires, t. XVI (1901), p. 577. Voir la page

Marseille, Savoie, Vosges

Sébillot relevait des lectures opposées : à Marseille, la pluie de noce présageait l’abondance dans la maison du couple ; en Savoie, la mariée serait économe ; dans les Vosges, la fortune des enfants serait assurée.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 97. Voir la page

Recueil satirique du XVe siècle

Au XVe siècle, les Évangiles des quenouilles affirmaient que la jeune fille qui mangeait d’habitude du lait bouilli dans la poêle ou dans un pot de terre aurait de la pluie le jour de ses noces.

Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 20. Voir la page

Gironde et Montagne Noire

En Gironde comme en Montagne Noire, le même sort attendait la jeune fille qui avait l’habitude de frotter la poêle avec un morceau de pain.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 96-97. Voir la page

Vallée d’Aoste (Italie)

En vallée d’Aoste, la neige le jour du mariage annonçait la fortune ; s’il pleuvait, l’augure était mauvais.

Source : Paul Sébillot, Le paganisme contemporain chez les peuples celto-latins (1908), p. 111. Voir la page

Pour réfléchir

Quand un proche voit un jour important contrarié par un imprévu, que trouves-tu à lui dire ?