Voir un double arc-en-ciel
Un double arc-en-ciel opposait, dans les Vosges, en Côte-d’Or et en Franche-Comté, l’arc du bon Dieu, le mieux dessiné, à celui du diable. Une légende comtoise explique pourquoi le second reste si pâle.
Ce que cela peut signifier
Le premier arc brille ; le second, plus haut et plus pâle, ressemble à un brouillon du premier. Une légende comtoise faisait du diable un rival jaloux du bon Dieu : il voulut dépasser son arc en bâtissant une arche plus vaste encore. Ses piliers s’élevèrent ternes, et il ne parvint jamais à les réunir. Les Comtois en avaient tiré une expression pour tout ouvrage dont on ne voit pas la fin. La légende vise juste. Vouloir surpasser les autres à tout prix pousse à élargir sans cesse le plan, jusqu’au jour où l’ensemble ne peut plus se refermer. Un ouvrage plus modeste, mais achevé, tient mieux que le grand projet resté en l’air.
Selon la façon dont tu l’as vu
Les couleurs à l’envers
Dans le second arc, les couleurs sont rangées en sens inverse : le rouge est à l’intérieur et le violet à l’extérieur. Cet ordre renversé a sans doute aidé à en faire l’œuvre d’un imitateur maladroit.
Un petit arc brisé sous le grand
En Côte-d’Or, où l’arc-en-ciel s’appelait la « couronne de saint Bernard », un petit arc qui se formait sous le grand puis se brisait était l’œuvre du diable : jaloux de la gloire du saint, il voulait lui aussi se faire une couronne, sans y parvenir.
La bande sombre entre les deux arcs
Entre les deux arcs, le ciel paraît plus sombre qu’ailleurs. Les physiciens l’appellent la bande d’Alexandre, du nom du philosophe grec qui l’a décrite : les gouttes de cette zone ne renvoient presque pas de lumière vers celui qui regarde.
La marque de la vieille
Dans la Manche, le second arc-en-ciel s’appelait la « marque de la vieille ». Sébillot notait qu’on n’y donnait pas la raison de ce nom, qui supposait pourtant une histoire oubliée.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Un arc-en-ciel apparaît quand le soleil, placé derrière l’observateur, éclaire des gouttes de pluie : la lumière y entre, s’y réfléchit une fois et ressort décomposée en couleurs. Le second arc vient d’une double réflexion à l’intérieur des gouttes. Une partie de la lumière se perd à chaque rebond, d’où sa pâleur.
Ce que disent les croyances populaires
Vosges, Côte-d’Or, Franche-Comté
Dans les Vosges, la Côte-d’Or et la Franche-Comté, quand l’arc-en-ciel était double, le mieux dessiné était celui du bon Dieu, l’autre celui du diable.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 66. Voir la page
Franche-Comté
Une légende comtoise racontait que le diable, voulant surpasser l’arc-en-ciel du bon Dieu, éleva deux piliers plus éloignés encore, mais ternes, et ne réussit jamais à fermer sa voûte ; d’où le dicton, pour un ouvrage sans fin : « C’est comme l’arc-en-ciel du Diable. »
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 66. Voir la page
Côte-d’Or
En Côte-d’Or, où l’arc-en-ciel se nommait « couronne de saint Bernard », un petit arc qui se brisait sous le grand venait du diable, jaloux de la gloire du saint.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 66. Voir la page
Manche
Dans la Manche, le second arc-en-ciel était appelé la « marque de la vieille ».
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 66. Voir la page
Pour réfléchir
Quel projet as-tu tellement agrandi qu’il ne parvient plus à se refermer ?