Everyday Omens

Voir le premier croissant de lune

Le premier croissant de lune se saluait. Les Évangiles des quenouilles demandaient à qui le voyait la bourse pleine de s’incliner devant lui ; dans la Montagne Noire, rester bien droit en le regardant portait malheur.

Ce que cela peut signifier

Le croissant de lune réapparaît après quelques nuits sans lune, mince et bas sur l’horizon, peu après que le soleil a disparu. Les anciens ne se contentaient pas de le regarder : ils le saluaient en s’inclinant et lui parlaient même à voix basse. Ce petit geste de politesse envers le ciel peut sembler naïf. Il n’est pourtant pas si sot. S’arrêter une seconde devant un retour qui se répète depuis toujours, c’est se placer à sa vraie mesure, minuscule et attentive. Le croissant revient chaque mois, et chacun peut décider de le remarquer ou non.

Selon la façon dont tu l’as vu

Le croissant aperçu le premier soir

À la fin du Moyen Âge, on évitait de regarder le croissant quand on n’avait pas d’argent, sous peine de ne pas en avoir de toute la lunaison. Celui qui l’apercevait la bourse pleine devait au contraire le saluer, pour que tous ses biens croissent avec lui.

S’incliner plutôt que rester droit

Du côté de la Montagne Noire, rester bien droit portait malheur à qui regardait pour la première fois la nouvelle lune. Sébillot y voyait le souvenir d’une ancienne révérence : il fallait sans doute s’incliner devant elle.

« Salut, beau croissant »

Dans l’Yonne, il fallait dire trois fois de suite, en le regardant avant de se coucher : « Salut, beau croissant, fais-moi voir en mon dormant qui j’aurai en mon vivant. » En Poitou, les amoureux des deux sexes sortaient sept soirs de suite pour adresser une formule semblable à la lune de premier quartier.

Un rituel avant de dormir

Dans la Flandre française, la jeune fille devait, pendant toute la durée du croissant, poser ses objets de toilette en croix et réciter la formule à genoux au pied du lit. Dans le Maine, on adressait le salut à la nouvelle lune de mars.

Pourquoi cela arrive dans la nature

Après la nouvelle lune, invisible, la Lune réapparaît le soir sous la forme d’un fin croissant, bas à l’ouest, au crépuscule. Sa partie éclairée grandit chaque soir pendant environ deux semaines. Le reste du disque peut rester faiblement visible, éclairé par la lumière que la Terre renvoie.

Ce que disent les croyances populaires

Recueil satirique du XVe siècle

Au XVe siècle, les Évangiles des quenouilles conseillaient à celui qui n’avait point d’argent de ne pas regarder le croissant, sans quoi il n’en aurait pas de toute la lune ; celui qui l’apercevait à bourse pleine devait le saluer, pour que ses biens se multiplient.

Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 119. Voir la page

Gironde

Dans la Gironde, on croyait encore vers 1900 que si l’on avait de l’argent dans sa poche en apercevant la nouvelle lune, on en aurait pendant toute la lunaison.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 57. Voir la page

Montagne Noire

Dans la Montagne Noire, il arrivait malheur à celui qui se tenait bien droit la première fois qu’il regardait la nouvelle lune.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 56. Voir la page

Yonne

Dans l’Yonne, il fallait dire trois fois de suite, en regardant le croissant avant de se coucher : « Salut, beau croissant, fais-moi voir en mon dormant qui j’aurai en mon vivant. »

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 57-58. Voir la page

Poitou

En Poitou, les amoureux des deux sexes sortaient sept soirs de suite pour regarder la lune dans son premier quartier en lui disant : « Lune, ma petite mère, moi qui suis ton enfant, fais-moi voir… »

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 58. Voir la page

Flandre française et Maine

Dans la Flandre française, la jeune fille devait mettre ses objets de toilette en croix pendant toute la durée du croissant et réciter, agenouillée au pied du lit : « Croissant, croissant, fais-moi voir… » ; dans le Maine, on saluait ainsi la nouvelle lune de mars.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 58. Voir la page

Pour réfléchir

Devant quoi t’arrive-t-il de t’arrêter un instant, simplement pour le saluer ?