Quel jour se marier
Quel jour se marier ? Pas le mercredi à Ercé, pas le jeudi à Penguily, pas le vendredi ni le samedi dans d’autres communes bretonnes, pas le mardi en Corse. À Saint-Gouéno, on choisissait pourtant le vendredi.
Ce que cela peut signifier
En mettant bout à bout les proverbes bretons et corses, il ne restait presque plus de jour pour se marier. Le mercredi faisait un mari trompé et le jeudi était le jour du diable ; le vendredi et le samedi manquaient de chance, et le mardi faisait de la mariée une martyre. Les familles devaient bien finir par choisir, et à Saint-Gouéno, on prenait le vendredi parce que le repas de poisson coûtait moins cher. Face à des avis qui s’annulent, il faut un autre critère pour trancher, et il est en général très terre à terre.
Selon la façon dont tu l’as vu
Se marier un mercredi
À Ercé, en Ille-et-Vilaine, le proverbe disait : « On ne se marie pas le mercredi, de peur d’avoir nom Jean-Jeudi. » Jean-Jeudi était le surnom du mari trompé. Le proverbe jouait surtout sur les mots.
Se marier un jeudi
À Penguily, on évitait le jeudi, jour où le diable se serait marié. La méfiance était ancienne : les Évangiles des quenouilles recommandaient déjà à qui voulait échapper aux ennuis de ne jamais se marier ce jour-là.
Se marier un vendredi
À Saint-Gouéno et à Saint-Gilles-du-Mené, on se mariait assez volontiers le vendredi : le repas maigre, à base de morue, revenait moins cher. Dans des communes peu éloignées, on l’évitait comme un jour sans chance.
Se marier un mardi
En Corse, la mariée d’un mardi connaîtrait, disait-on, une vie de martyre. La noce corse avait ses propres rites, comme la grande cuillerée de miel qu’on faisait avaler aux mariés.
Un jour pair, une lune nouvelle
En Loir-et-Cher, se marier un jour pair promettait le bonheur. Au XVe siècle, on recommandait aussi d’éviter la lune décroissante, pour profiter de la chance liée au renouveau de la lune.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Aujourd’hui, la plupart des mariages ont lieu le samedi, simplement parce que les invités ne travaillent pas ce jour-là. Autrefois, le jour dépendait des travaux des champs, du prix du repas et des usages de chaque paroisse, ce qui explique que deux villages voisins aient pu suivre des règles opposées.
Ce que disent les croyances populaires
Ercé (Ille-et-Vilaine)
À Ercé, on disait en proverbe : « On ne se marie pas le mercredi, de peur d’avoir nom Jean-Jeudi », Jean-Jeudi étant synonyme de mari trompé.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 113. Voir la page
Penguily (Côtes-du-Nord)
À Penguily, on ne se mariait pas le jeudi, car c’était ce jour-là, disait-on, que le diable avait épousé sa mère.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 113. Voir la page
Côtes-du-Nord
À Saint-Gouéno et à Saint-Gilles-du-Mené, on se mariait assez volontiers le vendredi, jour maigre où l’on servait de la morue, moins chère ; dans des communes peu éloignées, on ne se mariait ni le vendredi ni le samedi, faute de chance.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 113-114. Voir la page
Recueil satirique du XVe siècle
Au XVe siècle, les Évangiles des quenouilles disaient que qui voulait échapper à de nombreux malheurs ne devait jamais se marier un jeudi, et qu’une femme ne devait pas se marier en décours de lune.
Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 158. Voir la page
Corse
En Corse, on disait que si l’on se mariait le mardi, la mariée serait une martyre.
Source : Julia Filippi, « Légendes, croyances et superstitions de la Corse », Revue des traditions populaires, t. IX (1894), p. 466. Voir la page
Loir-et-Cher
En Loir-et-Cher, un mariage célébré un jour pair était une promesse de bonheur.
Source : François Houssay, « Coutumes et superstitions du Loir-et-Cher », Revue des traditions populaires, t. XV (1900), p. 374. Voir la page
Pour réfléchir
Quand les conseils de tes proches se contredisent, qu’est-ce qui finit par décider pour toi ?