Coiffer sainte Catherine
Coiffer sainte Catherine, c’était fêter ses 25 ans sans être mariée. À Cheverny, ces jeunes femmes portaient le 25 novembre un bonnet à ruban vert, couleur de l’espoir ; à Quimper, elles piquaient des épingles dans la coiffe de la sainte.
Ce que cela peut signifier
L’expression a longtemps servi à pointer du doigt les femmes non mariées à 25 ans. Les campagnes en avaient pourtant fait une fête, avec un bonnet de circonstance et un bal où l’on invitait les garçons. Ce qui aurait pu rester une source de gêne devenait un jour à soi, partagé entre amies du même âge. Les âges butoirs n’ont pas disparu ; ils ont seulement changé d’objet, et on les guette encore sans toujours savoir qui les a fixés. Les fêter ensemble, avec un peu d’humour, est une manière de leur retirer une partie de leur poids.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un bonnet à ruban vert
À Cheverny, on achetait pour la Sainte-Catherine un joli bonnet orné d’un ruban vert, que les filles de plus de vingt-cinq ans devaient porter toute la journée. Le vert, couleur de l’espérance, devait leur donner l’espoir de se marier bientôt.
Des épingles dans la coiffe de la sainte
À Quimper, la fille non mariée de vingt-cinq ans piquait vingt-cinq épingles dans la coiffe de la sainte, puis une de plus chaque année jusqu’à trente. Les plus malignes gardaient la trentième, pour pouvoir dire qu’elles n’avaient pas encore fini.
La fête des filles
En Franche-Comté, le 25 novembre était la fête des filles : elles se réunissaient dans beaucoup de villages pour un banquet, puis donnaient un bal où elles invitaient les garçons. À la Saint-Nicolas, ceux-ci leur rendaient la politesse.
Les talismans pour y échapper
En Savoie, les jeunes filles qui ne voulaient pas coiffer sainte Catherine partaient à la recherche du trèfle porte-bonheur, à condition de le cueillir elles-mêmes. Dans le pays de Fougères, on allait accomplir des rites auprès de vieilles « pierres propices ».
Les gestes qui faisaient coiffer sainte Catherine
En Loir-et-Cher, une mère de deux filles évitait de changer la marmite de côté, sans quoi la cadette se marierait la première et l’aînée coifferait sainte Catherine. Dans un village proche de Dijon, des scabieuses, qu’on appelait « catherine », posées à la fenêtre d’une jeune fille annonçaient qu’elle ne se marierait pas.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le 25 novembre est le jour de sainte Catherine d’Alexandrie, que les écolières et les jeunes filles invoquaient comme patronne. À la campagne, on se mariait autrefois jeune, et le cap des vingt-cinq ans servait de repère ; l’âge moyen du premier mariage a beaucoup reculé depuis.
Ce que disent les croyances populaires
Cheverny (Loir-et-Cher)
À Cheverny, pour la Sainte-Catherine, on achetait un joli bonnet orné d’un ruban vert que les « vieilles filles », celles de plus de vingt-cinq ans, devaient porter toute la journée ; le ruban vert devait leur donner l’espoir de se marier sous peu.
Source : Jules Chossat, « Coutumes et superstitions du Loir-et-Cher », Revue des traditions populaires, t. XV (1900), p. 123. Voir la page
Quimper (Finistère)
À Quimper, à vingt-cinq ans, la fille non mariée devait piquer vingt-cinq épingles dans la coiffe de sainte Catherine, puis une épingle de plus chaque année jusqu’à la trentième ; en gardant la trentième, elle pouvait dire que son cœur était encore jeune.
Source : H. Le Carguet, « Petites croyances des Quimpéroises », Revue des traditions populaires, t. XX (1905), p. 193. Voir la page
Franche-Comté
En Franche-Comté, la Sainte-Catherine était la fête des filles : dans beaucoup de villages, elles se réunissaient pour un banquet, puis donnaient un bal auquel elles conviaient les garçons.
Source : Charles Beauquier, « Les mois en Franche-Comté », Revue des traditions populaires, t. XIV (1899), p. 624. Voir la page
Franche-Comté
En Franche-Comté encore, à la Saint-Nicolas, patron des garçons, ceux-ci donnaient volontiers à leur tour un bal où ils invitaient « toute la clientèle de sainte Catherine ».
Source : Charles Beauquier, « Les mois en Franche-Comté », Revue des traditions populaires, t. XIV (1899), p. 658. Voir la page
Savoie
En Savoie, les jeunes filles qui ne voulaient pas coiffer sainte Catherine partaient à la recherche du trèfle à quatre feuilles, talisman pour trouver un mari avant un an, qu’il fallait avoir trouvé et cueilli soi-même.
Source : A. Certeux, « Plantes à superstitions en Savoie », Revue des traditions populaires, t. XIII (1898), p. 340. Voir la page
Pays de Fougères (Ille-et-Vilaine)
Dans le pays de Fougères, les filles qui avaient peur de coiffer sainte Catherine allaient accomplir certains rites auprès de « pierres propices », en général d’anciens mégalithes.
Source : Paul Sébillot (d’après A. Dagnet, Au pays fougerais), « Légendes et superstitions préhistoriques, LXXXI : Les pierres propices », Revue des traditions populaires, t. XIV (1899), p. 479. Voir la page
Loir-et-Cher
En Loir-et-Cher, une mère de deux filles ne devait pas changer la marmite de côté, car la plus jeune se marierait la première et l’aînée coifferait sainte Catherine.
Source : François Houssay, « Coutumes et superstitions du Loir-et-Cher », Revue des traditions populaires, t. XV (1900), p. 373. Voir la page
Ruffey, près de Dijon
À Ruffey, près de Dijon, un bouquet de scabieuse, appelée « catherine », mis à l’extérieur de la fenêtre d’une jeune fille indiquait qu’elle ne se marierait pas et coifferait sainte Catherine.
Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VII (1908), p. 5. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle date limite, que personne ne t’a vraiment imposée, continues-tu malgré tout de surveiller ?