Passer sous une échelle
Passer sous une échelle portait malheur en Haute-Bretagne. Près d’Anvers, ce n’était dangereux que le vendredi : les autres jours, on en profitait pour faire un vœu.
Ce que cela peut signifier
On imagine volontiers cette superstition très ancienne. En 1894 pourtant, une revue de folklore française la présentait comme anglaise et demandait à ses lecteurs si elle existait chez eux. Les réponses sont arrivées de Haute-Bretagne, de Vendée et de Belgique, chacune avec sa nuance. La crainte a peut-être voyagé, et elle s’est installée d’autant mieux qu’elle tombait juste : sous une échelle, quelqu’un travaille, et un outil peut tomber. Certaines précautions semblent excessives tant qu’on ignore à quoi elles servent, puis on comprend en levant les yeux.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une échelle contre une façade
En pays gallo, passer dessous attirait la malchance. Il y a en général un peintre ou un couvreur en haut, avec ses pots et ses outils : faire le tour évite surtout de recevoir quelque chose sur la tête ou de faire chuter l’échelle.
Passer sous l’échelle un vendredi
Dans les communes de la banlieue d’Anvers, le passage sous une échelle n’était dangereux que le vendredi. Les autres jours, il fallait au contraire faire un vœu en y passant, comme si le même geste changeait de sens avec le calendrier.
Une échelle couchée par terre
En Vendée, un correspondant se souvenait de vieillards qui, pour tout l’or du monde, ne seraient pas passés sur une échelle posée au sol. Il se demandait si cette répugnance ne venait pas du gibet, où l’échelle servait aux pendaisons, et notait qu’elle disparaissait.
Une superstition venue d’ailleurs ?
En 1894, la Revue des traditions populaires rapportait que, dans certaines parties de l’Angleterre, les vieilles gens ne passaient jamais par-dessus une échelle, et demandait si la superstition existait en France. Une réponse est venue de Vendée la même année, d’autres de Haute-Bretagne et de Belgique quelques années plus tard.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Une échelle dressée contre un mur signale presque toujours un travail en hauteur. Passer dessous expose aux chutes d’objets et oblige à frôler les montants, au risque de déséquilibrer la personne qui se trouve en haut. Faire le tour est simplement plus sûr pour les deux.
Ce que disent les croyances populaires
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, passer sous une échelle portait malheur.
Source : communication de Mme L. de V., « Réponses : Passer sous une échelle », Revue des traditions populaires, t. XIII (1898), p. 705. Voir la page
Banlieue d’Anvers (Belgique)
Dans les communes de la banlieue d’Anvers, passer sous une échelle un vendredi portait malheur ; les autres jours, il fallait faire un souhait en y passant.
Source : communication d’Alfred Harou, « Réponses : Passer sous une échelle », Revue des traditions populaires, t. XIII (1898), p. 705. Voir la page
Vendée
En Vendée, cette superstition était assez commune autrefois : des vieillards n’auraient pour rien au monde passé sur une échelle, répugnance qui venait peut-être de ce que l’échelle servait à la pendaison.
Source : communication de F. Charpentier, « Réponses : Passer sur une échelle », Revue des traditions populaires, t. IX (1894), p. 296. Voir la page
Angleterre (question posée en France)
En 1894, la Revue des traditions populaires signalait que, dans certaines parties de l’Angleterre, les vieilles gens ne passaient jamais par-dessus une échelle, parce que cela portait malheur, et demandait si cette superstition existait en France.
Source : la rédaction de la Revue, « Notes et enquêtes : Passer sur une échelle », Revue des traditions populaires, t. IX (1894), p. 135. Voir la page
Pour réfléchir
Quel conseil de prudence, transmis par un proche, as-tu fini par suivre de toi-même ?