Siffler la nuit
Siffler le soir était déconseillé en Bretagne, à l’ouest comme à l’est. Dans le Morbihan, disait-on, un autre sifflement répondait et le bugul-noz, un géant nocturne, surgissait ; chez les Hauts-Bretons, c’était le diable lui-même.
Ce que cela peut signifier
Siffler dans le noir, c’est une vieille façon de se donner du courage en rentrant seul. La croyance bretonne renversait ce petit réconfort : le sifflement pouvait attirer précisément ce qu’on redoutait. Le conseil des anciens n’était pas de trembler, mais de rentrer sans bruit et sans traîner. Nos manières de nous rassurer ne sont pas toujours celles qui aident le plus. Certaines font surtout du bruit autour de la peur, quand marcher d’un bon pas vers la lumière de la maison suffirait.
Selon la façon dont tu l’as vu
Siffler en rentrant à la nuit tombée
Les Morbihannais racontaient aux enfants l’histoire d’un homme qui sifflait son chien un soir, à la nuit tombée. Un autre sifflement lui répondit, et le bugul-noz, coiffé de son grand chapeau, se mit à le poursuivre jusqu’à sa porte.
Un sifflement qui répond au loin
On prenait d’abord ce sifflement lointain pour celui d’un camarade et l’on continuait à siffler. Mais le son se rapprochait peu à peu, disait-on dans le Morbihan, jusqu’à ce qu’un géant vêtu d’une peau de loup se dresse devant le promeneur.
Chanter plutôt que siffler
En Haute-Bretagne, chanter le soir n’était pas plus prudent. On entendait alors, racontait-on, quelqu’un chanter au loin, qui se retrouvait tout d’un coup à côté du chanteur, grand comme une poutre. Pour le sifflement, c’était le diable qui répondait.
Une jeune fille qui siffle
En Haute-Bretagne, il était malséant pour une fille de siffler, quelle que soit l’heure : on disait qu’elle appelait les galants, ou même le diable. À Dinan, un dicton la rangeait avec la vache qui beugle et la poule qui chante le coq.
Pourquoi cela arrive dans la nature
La nuit, le son porte plus loin. Le bruit de fond baisse, et l’air plus frais près du sol renvoie les ondes vers la terre au lieu de les laisser se perdre en hauteur. Un sifflement aigu peut alors revenir en écho d’un mur ou d’une lisière, ou être repris par quelqu’un au loin.
Ce que disent les croyances populaires
Morbihan (Basse-Bretagne)
Dans le Morbihan, il était mauvais de siffler le soir, passé le coucher du soleil : un autre sifflement répondait, se rapprochait peu à peu, et le bugul-noz, un géant vêtu d’une peau de loup, apparaissait.
Source : J. Frison, « Traditions et superstitions de la Basse-Bretagne (Morbihan), XXVIII : Le bugul noz », Revue des traditions populaires, t. XXI (1906), p. 15. Voir la page
Haute-Bretagne
Les Hauts-Bretons conseillaient de se garder de chanter ou de siffler le soir : dans le premier cas, quelqu’un chantait au loin et se trouvait tout à coup près du chanteur ; dans le second, c’était le diable qui répondait.
Source : Paul Sébillot, « Additions aux coutumes, traditions et superstitions de la Haute-Bretagne », Revue des traditions populaires, t. VII (1892), p. 163. Voir la page
Morbihan (Basse-Bretagne)
Dans le Morbihan, pour montrer aux enfants le danger de sortir la nuit, on racontait l’histoire d’un homme poursuivi par le bugul-noz pour avoir sifflé son chien ; on leur disait aussi que le bon Dieu grondait quand on sifflait pendant la nuit.
Source : J. Frison, « Mythologie et folk-lore de l’enfance, XXXV : En Basse-Bretagne (Morbihan) », Revue des traditions populaires, t. XXII (1907), p. 360. Voir la page
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, il était malséant à une fille de siffler, car on disait qu’elle appelait les galants, ou même le diable ; à Dinan, un dicton la comptait, avec la vache qui beugle et la poule qui chante le coq, parmi les « trois animaux de trop ».
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 316. Voir la page
Pour réfléchir
Quand tu as un peu peur, que fais-tu pour te rassurer, et cela t’aide-t-il vraiment ?