Se marier en mai
Se marier en mai était évité en Berry, où l’on craignait pour les enfants conçus ce mois-là, et près de Gex, on disait que mai était « le mois des ânes ». Les Parisiens, eux, choisissaient justement ce mois.
Ce que cela peut signifier
Au XIXe siècle, Laisnel de la Salle constatait un curieux contraste. Les paysans du Berry évitaient de se marier en mai, alors qu’à Paris, statistiques à l’appui, c’était le mois où l’on se mariait le plus. Chaque milieu avait ses raisons, plus ou moins sérieuses : près de Gex et dans la Montagne Noire, on invoquait les ânes, dont c’était la saison des amours. Le choix d’une date dit beaucoup de ceux à qui l’on cherche à plaire. Entre les usages d’une famille et les disponibilités d’une salle, une date se choisit rarement en toute liberté. Garder une part de la décision pour soi, même modeste, permet à cette date de devenir vraiment la sienne.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une noce en mai dans le Berry
Les paysans du Berry redoutaient qu’un enfant conçu en mai vienne au monde « badaud » ou « lourdaud », c’est-à-dire, dans leur parler, un peu simple d’esprit. Laisnel de la Salle s’amusait de voir les Parisiens, qui ignoraient tout de cette crainte, se marier en masse ce mois-là.
Le mois des ânes
Près de Gex, dans l’Ain, on se gardait de convoler en mai, « le mois des ânes ». À l’autre bout de la France, dans la Montagne Noire, on jugeait peu convenable de se marier à la saison où les ânes sont amoureux. La raison prête à sourire, et elle était sans doute faite pour cela.
Le dicton des Romains
Ovide rapportait déjà, dans les Fastes, que le peuple de Rome jugeait funeste de se marier en mai. En citant ces vers, Laisnel rapprochait la crainte de son Berry d’une idée vieille de près de deux mille ans.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Chez les Romains, une partie du mois de mai était consacrée aux Lémuries, des jours où l’on apaisait les âmes des morts, et Ovide rapporte le dicton contre les noces de mai en décrivant ces fêtes. Le calendrier des mariages a longtemps suivi des contraintes très concrètes, comme les travaux des champs et les périodes religieuses pendant lesquelles on ne se mariait pas.
Ce que disent les croyances populaires
Berry
En Berry, les paysans évitaient de se marier au mois de mai, persuadés que les enfants conçus en cette saison viendraient au monde « badauds » ou « lourdauds », c’est-à-dire simples d’esprit.
Source : Laisnel de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. II (1875), p. 20-21. Voir la page
Pays de Gex (Ain)
Les habitants des environs de Gex, dans l’Ain, se gardaient aussi de se marier en mai, parce que « le mois de mai est le mois des ânes ».
Source : Laisnel de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. II (1875), p. 22. Voir la page
Montagne Noire
Dans la Montagne Noire, on alléguait qu’il n’était pas convenable de se marier dans une saison où les ânes étaient amoureux.
Source : Laisnel de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. II (1875), p. 22. Voir la page
Rome antique (d’après Ovide)
Laisnel de la Salle ajoutait que les Romains tenaient eux aussi pour funestes les mariages contractés en mai, et particulièrement le onze de ce mois, en citant les Fastes d’Ovide.
Source : Laisnel de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. II (1875), p. 22. Voir la page
Pour réfléchir
Dans une décision qui te concerne, quelle part laisses-tu aux attentes des autres, et quelle part gardes-tu pour toi ?