Couvrir les miroirs après un décès
Couvrir les miroirs après un décès était un usage très répandu en France : en Gironde, on disait qu’on y verrait la mort, en Saintonge le diable. Avec l’horloge arrêtée, la maison entière suspendait son temps.
Ce que cela peut signifier
Dans bien des maisons, au moment d’un décès, on arrêtait l’horloge et l’on voilait les glaces d’un drap, quand on ne les retournait pas contre le mur. En Berry, on ouvrait aussi grand les rideaux du lit pour laisser l’âme prendre son essor. Ces gestes ont un point commun : ils interrompent le cours ordinaire des choses. Le temps ne doit plus avancer comme d’habitude, et l’on cesse un moment de se regarder. La maison entre dans une parenthèse que tout le monde partage. Que l’on garde ou non ces usages, le besoin demeure : après une perte, on a droit à un temps où la vie quotidienne est suspendue, et où personne n’a à faire semblant que tout continue.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une horloge qu’on arrête
Dans beaucoup de pays de France, en Wallonie et en Écosse, on arrêtait l’horloge au moment du décès. Le silence du balancier rendait visible, dans toute la maison, l’instant où quelque chose avait changé.
Des tableaux couverts de serviettes
Dans une revue de 1887, un témoin racontait qu’à un enterrement, dans une famille parisienne depuis plusieurs générations, tous les tableaux et toutes les glaces étaient recouverts de serviettes ; au retour du cimetière, on les avait découverts. La parenthèse durait le temps des funérailles.
L’eau et le lait qu’on jette
En Berry, on jetait l’eau et le lait laissés à découvert au moment du décès, de peur que l’âme, venue s’y laver, ne s’y noie ; les Ardennes connaissaient un usage semblable. Toute la maison participait ainsi, à sa manière, au départ.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Ces coutumes relèvent des rites de deuil : elles marquent une rupture dans la vie de la maison et donnent à chacun des gestes précis à accomplir dans un moment de désarroi. Sébillot remarquait que les explications données, comme la crainte de voir la mort dans la glace, venaient peut-être justifier après coup un usage dont le sens premier était oublié.
Ce que disent les croyances populaires
France, Wallonie, Écosse
En beaucoup de pays de France, en Wallonie et en Écosse, on arrêtait l’horloge aussitôt après un décès ; l’usage de voiler les glaces, ou de les retourner, était plus général encore.
Source : Paul Sébillot, Le paganisme contemporain chez les peuples celto-latins (1908), p. 175. Voir la page
Gironde et Saintonge
Si l’on oubliait de voiler les glaces après un décès, on y verrait la mort, disait-on en Gironde, et le diable, disait-on en Saintonge.
Source : Paul Sébillot, Le paganisme contemporain chez les peuples celto-latins (1908), p. 175. Voir la page
Berry
En Berry, à l’instant d’un décès, on arrêtait l’horloge, on retournait contre le mur ou l’on couvrait d’un voile épais les glaces et les miroirs, et l’on laissait grands ouverts les rideaux du lit pour que l’âme puisse prendre son essor.
Source : Laisnel de la Salle, Croyances et légendes du centre de la France, t. II (1875), p. 70. Voir la page
Paris
Dans une famille parisienne depuis plusieurs générations, tous les tableaux et toutes les glaces de la maison mortuaire étaient recouverts de serviettes, puis découverts au retour du cimetière.
Source : Paul Sébillot, « Superstitions de civilisés », Revue des traditions populaires, t. II (1887), p. 195. Voir la page
Pour réfléchir
Après une perte, de quel temps suspendu as-tu eu besoin, ou aurais-tu eu besoin ?