Everyday Omens

Casser un verre

Casser un verre n’avait rien de funeste aux noces de Haute-Bretagne : il fallait qu’un objet se brise pour que le mariage soit chanceux, et les Ardennais cassaient un verre pour éviter les disputes.

Ce que cela peut signifier

On s’attendrait à un mauvais présage. Aux noces de Haute-Bretagne, c’était l’inverse : pour que le mariage soit chanceux, il fallait que quelque chose soit cassé pendant la fête, et si aucun accident n’arrivait, on brisait un objet exprès. L’usage a une sagesse discrète. Tout ce qui sert finit par s’user, à commencer par ce qu’on aime, et la noce l’admettait dès le premier jour. Les beaux verres gardés intacts au fond du buffet ne cassent jamais, mais ils ne servent pas non plus. Le petit éclat du premier verre brisé dit que la vie commune a commencé, avec ses risques.

Selon la façon dont tu l’as vu

Un verre cassé pendant la noce

Dans les Ardennes, on devait briser un verre pour que les époux n’aient pas de dispute. En Berry, c’était un pot qu’on cassait, après la cérémonie. Le bruit des éclats faisait partie de la fête.

Un verre fêlé qu’on garde

Une fine fêlure court sur le bord, et le verre reste pourtant des mois dans le placard. Le Dictionnaire de l’Académie citait déjà en 1798 le proverbe : « Les pots fêlés sont ceux qui durent le plus. » Ce qui a un peu cédé, on le manie avec plus de soin.

Le verre d’un vieux service

Le verre d’un service hérité, transmis depuis des décennies, finit un jour par glisser des mains. Le chagrin est réel, parce qu’il portait des souvenirs. Ces souvenirs ne logeaient pourtant pas dans le verre ; ils restent chez ceux qui s’en sont servis.

Un verre qui se brise en trinquant

Quand on trinque avec élan, il arrive qu’un verre se fêle ou se brise. Le geste qui devait réunir provoque un petit dégât, vite pardonné, et l’incident devient l’histoire qu’on raconte en premier en repensant à la soirée.

Pourquoi cela arrive dans la nature

Le verre est rigide et ne se déforme presque pas avant de casser. Un choc sur le bord, une petite rayure ou un écart brusque de température suffisent à créer une fissure, qui se propage en une fraction de seconde.

Ce que disent les croyances populaires

Haute-Bretagne

En Haute-Bretagne, pour que le mariage soit chanceux, il fallait qu’il y ait pendant la noce quelque objet cassé ; si rien n’avait été cassé par accident, on en cassait un exprès.

Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 136. Voir la page

Ardennes

Sébillot signalait que dans les Ardennes, on devait briser un verre pendant la noce pour que les époux n’aient pas de dispute.

Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 136. Voir la page

Berry

Il notait aussi qu’en Berry existait l’usage de casser le pot, toujours après la cérémonie.

Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 136. Voir la page

Pour réfléchir

Qu’est-ce que tu protèges si bien que tu n’oses plus t’en servir ?