Everyday Omens

Mettre les abeilles en deuil

Mettre les abeilles en deuil était un usage général en France, que l’on retrouvait en Wallonie et en Suisse romande : à la mort de leur maître, on voilait les ruches ou l’on allait annoncer la nouvelle aux abeilles, pour qu’elles restent.

Ce que cela peut signifier

À la mort du maître, quelqu’un se rendait au rucher avant même d’aller prévenir le maire ou le curé, du moins chez les paysans d’Eure-et-Loir. On attachait des rubans noirs aux ruches et l’on annonçait la nouvelle aux abeilles. Elles comptaient parmi les habitants du domaine, et l’on craignait qu’elles ne meurent ou ne s’en aillent si on les tenait à l’écart. Le geste a une portée qui dépasse les ruches. Quand un événement bouleverse une famille, on pense d’abord aux proches les plus évidents. Il y a aussi ceux qu’on oublie de prévenir, comme le voisin d’en face ou l’enfant à qui l’on n’ose rien dire. Personne n’aime apprendre une grande nouvelle après tout le monde.

Selon la façon dont tu l’as vu

Frapper trois petits coups

En Picardie, en Artois et dans le Nord, on frappait doucement trois coups sur la ruche : « Petites bêtes du bon Dieu, éveillez-vous, votre maître est mort. » En Normandie, on tapotait avec une baguette jusqu’à entendre un bourdonnement, pour s’assurer qu’elles avaient compris.

Une étoffe rouge pour une noce

Les abeilles apprenaient aussi les joies. Le jour des noces, on attachait à la ruche un morceau d’étoffe voyante, surtout rouge, dans la Gironde, les Vosges ou la Corrèze ; en Basse-Cornouaille, il était taillé dans la robe de noce.

Un vieil habit enterré au jardin

Les gens de la Montagne Noire enterraient près des ruches un vieil habit du défunt, pour que ses abeilles prennent part aux funérailles. En Mayenne, on accrochait à chaque ruche un linge qu’il avait porté : le croyant toujours là, elles ne songeaient pas à le suivre.

Une ruche qui dépérit

En Gironde, on disait que le nombre des abeilles diminuait à mesure que leur maître vieillissait, et les Deux-Sévriens voyaient dans la mort d’une ruche l’indice d’un deuil prochain au logis. Une colonie s’éteint pourtant pour bien d’autres raisons : maladie, hiver trop long ou manque de fleurs.

Pourquoi cela arrive dans la nature

Les abeilles réagissent aux vibrations et aux odeurs : quelques coups sur la ruche déclenchent un bourdonnement, qui donnait l’impression qu’elles répondaient. Une colonie négligée au moment d’un deuil, quand personne ne pense au rucher, peut aussi dépérir ou essaimer, ce qui a sans doute nourri la crainte.

Ce que disent les croyances populaires

France, Wallonie, Suisse romande

Selon Sébillot, mettre les abeilles en deuil à la mort de leur propriétaire était un usage général en France, ainsi qu’en Wallonie et en Suisse romande ; au XVIIe siècle, on couvrait les ruches d’un drap noir, de peur qu’elles ne meurent faute de porter le deuil de leur maître.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 315. Voir la page

Eure-et-Loir

En Eure-et-Loir, avant de prévenir le maire ou le curé, on mettait des rubans noirs aux ruches en disant : « Abeilles, petites abeilles, je viens vous avertir que votre maître est mort. »

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 315. Voir la page

Picardie, Artois et Nord

En Picardie, en Artois et dans le Nord, une personne frappait doucement trois coups sur la ruche en disant : « Petites bêtes du bon Dieu, éveillez-vous, votre maître est mort. »

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 316. Voir la page

Basse-Bretagne

En Basse-Bretagne, on entourait la ruche d’une étoffe rouge à la naissance d’un garçon, et l’on y attachait un morceau d’étoffe voyante lors d’un mariage.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 315. Voir la page

Côtes-du-Nord et Vendée

Dans les Côtes-du-Nord, les abeilles portaient le deuil de leur maître pendant six mois et ne bourdonnaient plus ; en Vendée, on ne mettait un ruban noir aux ruches qu’à la mort de la maîtresse de maison.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 316. Voir la page

Pour réfléchir

Quand une grande nouvelle arrive chez toi, à qui penses-tu en dernier pour la partager ?