Un essaim d’abeilles près de la maison
Un essaim posé chez soi demandait des égards. Au XVe siècle, il fallait lui offrir une pièce d’argent, sinon il ne rapporterait rien ; dans le Beaujolais, un essaim se donnait ou s’échangeait, mais ne se vendait jamais.
Ce que cela peut signifier
Un essaim ne s’achète pas au marché : il se pose un matin sur une branche du jardin, gros comme un ballon, et bourdonne en attendant de repartir. Les anciens y voyaient une richesse arrivée d’elle-même, qu’il fallait accueillir dans les formes. On la remerciait d’une pièce, on la donnait plutôt que de la vendre. Ce qui vient sans qu’on l’ait cherché se garde mieux quand on lui fait une place et qu’on le reconnaît. L’oublier, c’est risquer de le voir repartir aussi vite qu’il était venu.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une grappe d’abeilles sur une branche
Au XVe siècle, le propriétaire qui découvrait sur sa terre un essaim accroché à un arbre devait l’« étrenner » d’une pièce d’argent. Faute de quoi, disait le vieux recueil, les abeilles ne feraient que le piquer et ne lui rapporteraient jamais rien.
Beaucoup d’essaims au printemps
En Ille-et-Vilaine, des abeilles qui essaimaient beaucoup promettaient une année abondante. Si les essaims ne prospéraient pas, on craignait au contraire la guerre ou une mauvaise récolte.
Donner un essaim plutôt que le vendre
Dans le Beaujolais, on pouvait donner ou échanger un essaim, mais pas le vendre : le maître qui en tirait de l’argent verrait, disait-on, un malheur s’abattre sur sa maison dans l’année.
Retenir l’essaim au jardin
Dans le Beaujolais, quand une ruche allait essaimer, on tapait à coups redoublés sur les casseroles et les poêles pour faire croire aux abeilles qu’il tonnait, et qu’il était dangereux de partir. En Maine-et-Loire, les paysans suspendaient un chapelet bénit à un arbre du jardin pour que l’essaim ne quitte pas les lieux.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Au printemps, une colonie trop nombreuse se divise : la vieille reine part avec une partie des ouvrières, et l’essaim se pose en grappe sur un rameau ou contre une façade, le temps que des éclaireuses trouvent un nouvel abri. Gorgées de miel, ces abeilles sont en général peu agressives, et un apiculteur peut venir les récupérer.
Ce que disent les croyances populaires
Recueil satirique du XVe siècle
Au XVe siècle, les Évangiles des quenouilles affirmaient que l’homme qui trouvait sur sa terre un essaim accroché à un arbre devait l’étrenner d’une pièce d’argent ; sinon c’était mauvais signe, et les abeilles ne feraient que le piquer sans jamais lui rapporter de profit.
Source : Fouquart de Cambray, Antoine Duval et Jean d’Arras (attribution) ; éd. P. Jannet, Les Évangiles des quenouilles (texte du XVe siècle) (1855), p. 40. Voir la page
Ille-et-Vilaine
Selon une croyance d’Ille-et-Vilaine, les abeilles qui essaimaient beaucoup présageaient une année abondante ; si les essaims ne profitaient pas, on redoutait la guerre ou une mauvaise récolte.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 325. Voir la page
Beaujolais
Dans le Beaujolais, les essaims pouvaient être donnés ou échangés, mais non vendus : le maître qui les vendait verrait un malheur s’abattre sur sa maison dans l’année. Quand une ruche allait essaimer, on frappait sur les casseroles pour faire croire aux abeilles qu’il tonnait.
Source : Claudius Savoye, « Croyances populaires du Beaujolais », Revue des traditions populaires, t. XVI (1901), p. 56. Voir la page
Maine-et-Loire
En Maine-et-Loire, quand on voyait qu’une ruche allait essaimer, on suspendait un chapelet bénit à un arbre du jardin : l’essaim ne sortirait pas de ce jardin.
Source : Queruau-Lamerie, « Les croyances superstitieuses dans le département de Maine-et-Loire (cantons du Lion-d’Angers et de Châteauneuf) », Revue des traditions populaires, t. XXI (1906), p. 308. Voir la page
Pour réfléchir
À quelle bonne nouvelle récente as-tu vraiment fait une place, au lieu de passer aussitôt à autre chose ?