Balayer le soir
Balayer le soir était évité en Basse-Bretagne : on craignait d’emporter avec la poussière les âmes des défunts revenues visiter la maison. En Corse ou en Loir-et-Cher, le danger visait les vivants.
Ce que cela peut signifier
Le soir, la maison changeait de rôle. Aux environs de Lesneven, à la fin du XVIIIe siècle, c’était l’heure où les défunts revenaient s’y promener, et un coup de balai pouvait les blesser ou les chasser. On laissait donc la poussière du jour jusqu’au lendemain. Cette patience garde un sens, même pour qui ne croit pas aux revenants. Une journée chargée laisse elle aussi des traces : une conversation tendue, une petite déception. On a envie de tout effacer avant de dormir. Attendre le matin aide à distinguer ce qui mérite d’être jeté de ce qui mérite d’être gardé.
Selon la façon dont tu l’as vu
Balayer quand le soleil est couché
Dans l’ouest des Côtes-du-Nord, où l’on parlait breton, on croyait vers 1900 que les âmes revenaient à cette heure visiter leur ancienne demeure. Si le vent ramenait la poussière dans la maison, il ne fallait surtout pas la rejeter dehors une seconde fois, sous peine d’avoir des nuits troublées par les défunts.
La veille de la fête des morts
Selon un historien des Côtes-du-Nord cité par Sébillot, l’interdit ne valait que pour la veille de la fête des morts, de crainte de chasser les âmes du Purgatoire. La date resserrait la crainte sur la nuit où l’on pensait le plus aux disparus.
Balayer avant le lever du jour
En Loir-et-Cher, balayer avant le lever du jour ou une fois le soleil couché, surtout aux Rameaux, faisait craindre pour la vie du maître de maison ; en Corse, pour celle d’un membre de la famille. La règle encadrait la journée des deux côtés : on ne balayait qu’à la lumière du jour.
Balayer à la lueur d’une lampe
À la lumière d’une chandelle, une épingle, un bouton ou une pièce disparaissent facilement dans le tas de poussière. En plein jour, on voit ce que l’on jette.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Avant l’électricité, les soirées étaient éclairées par une chandelle ou une lampe à huile, et le sol restait dans la pénombre. Balayer à ce moment-là, c’était risquer de jeter de petits objets égarés et de soulever une poussière qui retombait sur la table du souper.
Ce que disent les croyances populaires
Lesneven (Finistère)
À la fin du XVIIIe siècle, aux environs de Lesneven, on s’abstenait de balayer le soir : on appelait cet acte le « balayage des morts », et l’on disait qu’il éloignait le bonheur de la maison et blessait les défunts qui s’y promenaient.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 136. Voir la page
Côtes-du-Nord bretonnantes
Là où l’on parlait breton, dans les Côtes-du-Nord, on croyait que les âmes des morts revenaient le soir visiter leur ancienne demeure et qu’on risquait de les balayer avec la poussière ; il ne fallait pas non plus rejeter dehors la poussière que le vent avait fait rentrer.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 136. Voir la page
Corse et Loir-et-Cher
En Corse, balayer le soir amenait le décès de quelqu’un de la famille ; dans le Loir-et-Cher, le maître de la maison mourait si l’on balayait avant le lever du soleil ou après son coucher, surtout à la fête des Rameaux.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 137. Voir la page
Pour réfléchir
Que voudrais-tu effacer dès le soir même, alors que cela gagnerait à attendre le lendemain ?