Le tonnerre et l’orage
Le tonnerre était si effrayant, disait-on dans le Nivernais et en Franche-Comté, que le bon Dieu voulut qu’un éclair le précède toujours, pour avertir. Les campagnes avaient aussi leurs parades : sel, pierre de tonnerre, miroir.
Ce que cela peut signifier
Les récits du Nivernais et de Franche-Comté donnaient à l’éclair un rôle bienveillant. Le tonnerre était si terrible que le bon Dieu voulut qu’une lueur le précède toujours, pour laisser aux hommes le temps de se préparer. La physique dit à peu près la même chose : la lumière arrive avant le son, et compter les secondes entre les deux renseigne sur la distance de l’orage. L’idée vaut aussi hors de l’orage. Bien des coups qui surprennent ont été précédés d’une lueur, comme une fatigue qui s’installe ou un silence inhabituel. Le délai entre l’éclair et le grondement est parfois juste assez long pour se mettre à l’abri, si l’on veut bien le voir.
Selon la façon dont tu l’as vu
Compter les secondes
Le son parcourt environ un kilomètre en trois secondes. Si l’on compte six secondes entre l’éclair et le grondement, l’orage est à deux kilomètres environ. Quand l’écart se réduit, l’orage se rapproche, et mieux vaut alors rentrer.
Une pierre de tonnerre dans la poche
Dans la partie maritime de l’arrondissement de Dinan, on glissait jadis dans sa poche une « pierre de tonnerre » quand le temps tournait à l’orage, et l’on disait : « Pierre, pierre, garde-moi du tonnerre. » Ces haches de pierre polie, trouvées aux champs, passaient pour être tombées du ciel avec la foudre.
Du sel aux quatre coins
Au pays de Liège, du sel répandu aux quatre coins de la chambre protégeait du tonnerre. Dans le Pays basque, on posait dehors une hache ou une faux, le tranchant tourné vers le ciel, et en Poitou on retournait en l’air les trois pieds d’une marmite.
Un miroir tendu vers la nuée
Dans la Montagne Noire, pour préserver les champs de la grêle, on présentait un miroir au nuage : en se voyant si noir et si laid, il s’enfuyait, épouvanté. Dans l’Yonne, les faucheurs faisaient résonner leur faux à l’approche de l’orage, comme pour effrayer celui qui le menait.
Pourquoi cela arrive dans la nature
L’éclair est une énorme décharge électrique entre un nuage et le sol, ou à l’intérieur du nuage. Il chauffe l’air si brusquement que celui-ci se dilate d’un coup : c’est le tonnerre. La lumière nous parvient presque instantanément, le son beaucoup plus lentement, d’où le décalage entre les deux.
Ce que disent les croyances populaires
Nivernais
D’après une légende du Nivernais, saint Jean, ayant voulu voir le tonnerre, fut ébloui et jeté à terre ; le bon Dieu, voyant combien il effrayait, voulut qu’un éclair précède désormais le coup pour servir d’avertissement.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 74. Voir la page
Franche-Comté et Albret
En Franche-Comté, on disait que le diable avait inventé le tonnerre et que le bon Dieu, pour rassurer les hommes, promit de les prévenir chaque fois par un éclair ; dans l’Albret aussi, c’était le bon Dieu qui avertissait en allumant l’éclair.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 74. Voir la page
Arrondissement de Dinan
Dans la partie maritime de l’arrondissement de Dinan, beaucoup de gens mettaient des pierres de tonnerre dans leur poche quand le temps était à l’orage, en récitant : « Pierre, pierre, garde-moi du tonnerre. »
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 105. Voir la page
Pays de Liège
Au pays de Liège, le sel répandu aux quatre coins de la chambre passait pour préserver du tonnerre.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 108. Voir la page
Montagne Noire
Dans la Montagne Noire, pour préserver les champs de la grêle, il fallait présenter un miroir à la nuée : en se voyant si noire et si laide, elle s’enfuyait épouvantée.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 108. Voir la page
Pays basque, Gironde, Poitou
Dans le Pays basque, on plaçait hors de la maison une hache ou une faux, le fil tourné contre le ciel ; en Gironde, on posait un trépied en fer devant la porte, et en Poitou on tournait en l’air les trois pieds d’une marmite.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 105. Voir la page
Pour réfléchir
Quelle lueur as-tu aperçue récemment avant un coup dur, et qu’en as-tu fait ?