Everyday Omens

Voir un feu follet

Voir un feu follet était très redouté en Haute-Bretagne, où certains y voyaient un présage de mort, et l’on recommandait de ne jamais suivre ces lueurs. Dans le Morbihan, les fixer trop longtemps faisait perdre la vue.

Ce que cela peut signifier

Les conseils des anciens se répétaient d’une province à l’autre : ne pas suivre les lueurs aperçues sur son chemin, car elles mènent au précipice ou à la mare. Le Morbihan ajoutait un détail frappant : à force de regarder un feu follet, on finissait par perdre la vue. Les savants, eux, ont parlé de gaz des marais qui s’enflamment, sans que l’explication ait jamais été vraiment confirmée, et le phénomène est devenu si rare qu’on n’a presque plus l’occasion de l’observer. Le feu follet reste ainsi l’un des derniers mystères de la campagne. Rien n’oblige à tout expliquer pour garder les pieds sur le chemin : une lueur peut rester une énigme sans qu’on ait besoin de la suivre.

Selon la façon dont tu l’as vu

Une lueur au-dessus d’un marais

Le feu follet se montrait, disait-on, au-dessus des marais, des prairies humides ou des cimetières. La Haute-Bretagne le nommait Éclairous, Fuilleux ou Buette selon les cantons, et l’on prétendait qu’il n’était pas foncièrement méchant : il éclairait même au besoin ceux qui le respectaient.

Le feu Saint-Elme sur un bateau

En Haute-Bretagne, les gens de mer donnaient aussi le nom de feu follet au feu Saint-Elme, ces lueurs qui dansent au sommet des mâts par temps d’orage, et y voyaient l’approche d’un naufrage. Ce phénomène électrique est bien réel et bien connu, contrairement au feu follet de terre ferme.

Un feu follet qui n’aime pas les moqueries

Un conte recueilli en 1878 à Acigné raconte qu’un homme un peu gris promit à l’Éclairous une de ses puces s’il voulait bien l’éclairer. Le lutin, vexé, le fit tomber dans la mare en criant : « Voilà pour tes puces ! » Dans ces récits, le feu follet punit surtout le manque d’égards.

Traverser la campagne la nuit

Dans le Perche, vers 1820, on prétendait que les marchands de bestiaux et les meuniers, habitués aux routes nocturnes, étaient à l’abri des lutins et des feux follets. Au pays de Liège, les sages-femmes appelées la nuit mettaient leurs bas à l’envers pour ne pas en rencontrer.

Pourquoi cela arrive dans la nature

On a longtemps attribué les feux follets à l’inflammation spontanée de gaz produits par la décomposition dans les marais, comme le méthane et la phosphine. Le phénomène est rarement observé de nos jours et reste mal expliqué ; certaines lueurs nocturnes viennent aussi de champignons ou d’insectes luminescents.

Ce que disent les croyances populaires

Haute-Bretagne

En Haute-Bretagne, la vue du feu follet était très redoutée, et en certains endroits on la tenait pour un présage de mort ; les Gallots n’y voyaient pas un météore mais un revenant ou un lutin dont il valait mieux ne pas s’approcher.

Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. I (1882), p. 150. Voir la page

Haute-Bretagne

Selon les récits de Haute-Bretagne, l’Éclairous n’était pas un lutin foncièrement méchant : il éclairait même au besoin, mais faisait prendre un bain forcé à ceux qui lui manquaient de respect.

Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. I (1882), p. 151-152. Voir la page

France ; Morbihan

On recommandait de ne pas suivre les lueurs aperçues sur son chemin, car c’étaient des lutins qui menaient au précipice ; dans le Morbihan, on croyait que celui qui restait à regarder un feu follet perdait la vue.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 159. Voir la page

Pays de Liège (Belgique)

Pour ne pas rencontrer de feux follets, les sages-femmes du pays de Liège qui se rendaient la nuit chez une femme en couches mettaient leurs bas ou leurs jupons à l’envers.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 163. Voir la page

Haute-Bretagne (marins)

Les marins de Haute-Bretagne appelaient feu follet le feu Saint-Elme et le tenaient, à bord, pour l’annonce d’un naufrage.

Source : Paul Sébillot, Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II (1882), p. 353. Voir la page

Pour réfléchir

Quel mystère de ta vie acceptes-tu de laisser sans explication ?