Le diable bat sa femme
« Le diable bat sa femme et marie sa fille », disait-on en Haute-Bretagne, en Bourgogne ou à Paris quand il pleut et fait soleil en même temps. Deux humeurs contraires réunies dans un seul ciel.
Ce que cela peut signifier
Il pleut à verse sur un trottoir en plein soleil. Les dictons ont saisi l’étrangeté du moment en mêlant deux scènes opposées : le diable bat sa femme et marie sa fille, une dispute et une noce sous le même ciel. Ce double tableau dit bien les journées qui ne choisissent pas leur camp. Un départ heureux qui serre le cœur, une fête où l’on pense aux absents : on peut être à la fois content et triste, et ce mélange n’a rien d’anormal. L’averse ensoleillée dure rarement longtemps, et elle laisse parfois un arc-en-ciel derrière elle.
Selon la façon dont tu l’as vu
« Et il marie sa fille »
En Haute-Bretagne, en Bourgogne, en Limousin et à Paris, on ajoutait que le diable mariait sa fille ; en pays wallon, il battait sa mère et mariait sa fille. La noce venait adoucir la dispute, comme le soleil adoucit l’averse.
Les sorcières font cuire leur pain
En Béarn, dans les Landes et en Gascogne, la pluie au soleil voulait dire que les sorcières allumaient leur four ou faisaient cuire leur pain ; près de Menton, elles tenaient conseil. Le Hainaut préférait une image plus gaie : « c’est ducasse au paradis », la fête là-haut.
Le bon Dieu arrose son jardin
À Paris, on disait aussi qu’en pareil temps le bon Dieu arrosait son jardin. L’image, bien plus paisible que celle du diable, transforme l’averse inattendue en arrosage bienveillant.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Une averse ensoleillée se produit quand la pluie tombe d’un nuage isolé ou déjà décalé, pendant que le soleil brille par une trouée ou sur le côté. Le vent peut aussi pousser les gouttes loin du nuage qui les a formées. Avec le soleil dans le dos, on aperçoit alors souvent un arc-en-ciel.
Ce que disent les croyances populaires
Plusieurs régions de France, Wallonie
En Haute-Bretagne, en Bourgogne, en Limousin et à Paris, quand il pleuvait et faisait soleil, on disait que le diable battait sa femme et mariait sa fille ; en Gironde, en Albret, en Poitou et en Wallonie, il mariait simplement sa fille.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 84. Voir la page
Wallonie et Ardennes
En pays wallon, on disait que le diable battait sa mère et mariait sa fille ; dans les Ardennes, qu’il corrigeait sa fille.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 84. Voir la page
Béarn, Landes, Gascogne, Menton
En Béarn, dans les Landes et en Gascogne, la pluie au soleil voulait dire que les sorcières allumaient leur four ou faisaient cuire leur pain ; aux environs de Menton, elles tenaient conseil.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 84-85. Voir la page
Hainaut (Belgique)
Une formulette du Hainaut disait au contraire : « Il pleut, le soleil luit, c’est ducasse au paradis », la fête chez les bienheureux.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 84. Voir la page
Paris
À Paris, on disait aussi que le bon Dieu arrosait son jardin.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. I : Le ciel et la terre (1904), p. 83. Voir la page
Pour réfléchir
Quel moment récent mêlait pour toi la joie et la tristesse, et as-tu laissé ces deux sentiments coexister ?