Voir un martin-pêcheur
Voir un martin-pêcheur, c’est apercevoir un éclair bleu au ras de l’eau. Une légende lorraine disait qu’il cherche encore l’arche de Noé, et en Poitou on le suspendait au plafond pour prévoir le temps.
Ce que cela peut signifier
Selon une légende lorraine, Noé envoya un oiseau gris voir si la terre reparaissait. Pris dans un grand vent, l’oiseau monta si haut qu’il prit la couleur du ciel, puis s’approcha trop du soleil et se roussit le ventre. Quand il redescendit éteindre ses plumes dans l’eau, l’arche avait disparu. Depuis, il file le long des rives en criant, à la recherche d’un lieu qui n’existe plus. La légende touche une corde sensible. Chacun garde un endroit ou une époque vers lesquels il continue de regarder, même en sachant qu’ils ont changé. Le martin-pêcheur, lui, a fini par faire sa vie le long des rivières, et c’est là qu’il est le plus beau.
Selon la façon dont tu l’as vu
Un éclair bleu au-dessus de la rivière
On le voit rarement posé : on aperçoit d’abord un trait bleu électrique qui file au ras de l’eau en lançant un cri aigu. Le bleu de son dos ne vient pas d’un pigment mais de la structure de ses plumes, qui joue avec la lumière.
Un martin-pêcheur à l’affût sur une branche
Perché au-dessus de l’eau, il fixe la surface, puis plonge tête la première et remonte un petit poisson qu’il assomme contre la branche avant de l’avaler. Toute la scène dure à peine quelques secondes.
Un martin-pêcheur suspendu
En Poitou, on suspendait autrefois au plafond un martin-pêcheur desséché pour en tirer des présages de beau ou de mauvais temps. D’après Collin de Plancy, les habitants des côtes le croyaient capable de tourner la poitrine vers le vent, comme une girouette naturelle.
Une tête qui brillerait la nuit
Les gens d’Ille-et-Vilaine prétendaient que la tête du martin-pêcheur luisait dans la nuit comme un feu follet. Ses couleurs vives, presque irréelles, ont sans doute nourri l’idée qu’il portait sa propre lumière.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le martin-pêcheur vit au bord des rivières, des canaux et des étangs aux eaux claires. Il pêche de petits poissons en plongeant depuis un perchoir et creuse son nid au bout d’un tunnel dans une berge meuble. Les hivers rigoureux, quand l’eau gèle, lui sont très difficiles.
Ce que disent les croyances populaires
Lorraine
Une légende lorraine racontait que Noé chargea un oiseau gris de voir si la terre reparaissait ; monté jusqu’au bleu du ciel, puis roussi par le soleil, il ne retrouva plus l’arche, et depuis il la cherche le long des rives en criant.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 159. Voir la page
Poitou
En Poitou, on tirait des présages de beau ou de mauvais temps d’un martin-pêcheur suspendu au plafond.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 190. Voir la page
Côtes de France, XIXe siècle
Au XIXe siècle, Collin de Plancy notait une vieille opinion des habitants des côtes : suspendu par le bec, le martin-pêcheur serait une girouette naturelle qui tourne la poitrine vers le vent.
Source : J. Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, 6e édition (1863), p. 16, article « Alcyon ». Voir la page
Ille-et-Vilaine
En Ille-et-Vilaine, on disait que la tête du martin-pêcheur brillait la nuit et éclairait comme un feu follet.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 186. Voir la page
Pour réfléchir
Quel endroit disparu regardes-tu encore avec nostalgie, et qu’as-tu bâti ailleurs depuis ?