Une poule qui chante comme un coq
Une poule qui chante comme un coq était le plus redouté des présages de basse-cour : en Normandie ou dans le Mentonnais, elle annonçait la mort de son maître ou la sienne. La cause est le plus souvent hormonale.
Ce que cela peut signifier
Dans une ferme, chaque bête avait sa voix. Le coq saluait le jour et la poule caquetait après la ponte. Quand une poule se mettait à chanter comme un coq, l’ordre de la basse-cour semblait renversé, et les présages suivaient. En Normandie, on craignait un deuil. En Lorraine, on y voyait aussi de la discorde dans le ménage, ou une femme décidée à être la seule maîtresse de la maison. Ce qui inquiétait, au fond, c’était une voix sortie de la place qu’on lui avait assignée. Quand quelqu’un prend la parole là où on ne l’attendait pas, on a vite envie de remettre chacun à sa place. On peut aussi tendre l’oreille et chercher ce que cette voix nouvelle essaie de dire.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une vieille poule qui ne pond plus
Ce chant apparaît surtout chez une poule âgée ou malade, dont l’unique ovaire fonctionne mal : l’équilibre de ses hormones penche alors vers celui du coq, et sa crête peut grandir en même temps. Elle reste une poule ; elle a seulement changé de voix.
Une poule qui chante avant le coq
Au XVIIe siècle, c’était déjà un mauvais augure quand, dans une maison, la poule chantait avant le coq. En Corse, une poule qui chantait ou venait gratter dans l’âtre faisait redouter la perte d’un proche avant que l’année s’achève. La volaille vivait au plus près du logis, et le moindre écart était remarqué.
Les œufs de la chanteuse
Les Poitevins assuraient que des serpents naissaient de ses œufs, et les paysans girondins pensaient qu’elle avait frayé avec un reptile. Ces récits cherchaient une cause à l’anomalie, et la trouvaient du côté de ce qui faisait le plus peur.
Les parades d’autrefois
Dans le Loiret, on jetait la poule fautive par-dessus la maison. À Marseille, le propriétaire qui ne savait pas laquelle chantait les vendait toutes, et en Gironde on vendait parfois l’oiseau pour éloigner le présage. On pouvait aussi, en Gironde comme en Haute-Bretagne ou en Lorraine, se hâter de tuer la chanteuse.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Chez la poule, seul l’ovaire gauche est développé. S’il cesse de fonctionner, avec l’âge ou une maladie, la production d’hormones change et des traits de coq peuvent apparaître : crête plus grande, plumage de mâle, chant. Le phénomène est rare et ne dit rien de l’avenir de la maison.
Ce que disent les croyances populaires
Poitou et Gironde
En Poitou, la poule qui chantait comme un coq était de triste présage, et l’on disait que de ses œufs naissaient des serpents ; en Gironde, on pensait qu’elle avait frayé avec un reptile.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 222. Voir la page
Normandie et Mentonnais
En Normandie et dans le Mentonnais, son chant annonçait la mort de son maître ou la sienne.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 222. Voir la page
Lorraine
En Lorraine, on disait qu’elle présageait un décès prochain dans la maison, de la sorcellerie, de la discorde dans le ménage, ou une femme qui voulait y être la maîtresse absolue.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 222-223. Voir la page
Corse
En Corse, une poule qui chantait ou venait gratter dans l’âtre annonçait la mort d’une personne de la maison dans l’année ; pour l’éviter, on la tuait, puis on la pesait.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 222-223. Voir la page
Marseille
À Marseille, le propriétaire qui ne parvenait pas à reconnaître celle de ses poules qui chantait les vendait toutes.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 223. Voir la page
France, XVIIe siècle
Au XVIIe siècle, on tenait pour un mauvais augure que, dans une maison, la poule chante avant le coq.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 222. Voir la page
Pour réfléchir
Quand une voix inattendue s’élève près de toi, qu’entends-tu d’abord : le dérangement ou le message ?