Voir une buse
Voir des buses au réveil promettait une bonne journée dans les Ardennes, alors que leur fiente portait malheur en Saintonge. Ce rapace qu’on traite de sot montre surtout l’erreur de juger chacun sur la mauvaise épreuve.
Ce que cela peut signifier
« Quelle buse ! » : en français, le mot sert à traiter quelqu’un de sot. L’oiseau doit cette réputation à un vieux reproche. On n’a jamais réussi à le dresser pour la fauconnerie, et l’on en a conclu qu’il était stupide. Eugène Rolland notait pourtant en 1879 que la buse est en réalité un oiseau très fin et très méfiant. Elle n’est simplement pas faite pour le travail qu’on attendait d’elle. Le vieux proverbe qui refuse de « faire un épervier d’une buse » oublie qu’on ne demande pas non plus à l’épervier de guetter une heure sur un poteau. Chacun a son épreuve, et celle des autres ne prouve rien.
Selon la façon dont tu l’as vu
Une buse aperçue au réveil
Dans les Ardennes, apercevoir des buses en vol en se levant promettait une journée réussie. Au fil de la matinée, quand l’air se réchauffe, la buse monte en larges cercles sans battre des ailes. La regarder tourner haut au-dessus d’un champ donne un bon point de départ : regarder loin avant de plonger dans les détails.
Une buse qui miaule au-dessus des bois
Son cri plaintif, un long « hiééé » qui descend, fait penser au miaulement d’un chat. Elle le lance surtout en vol, au printemps, au-dessus du territoire du couple. Plus d’un promeneur cherche un chat perdu dans les branches avant de lever les yeux vers le ciel.
Une buse que des corneilles harcèlent
Deux ou trois corneilles la poursuivent en criant, plongent sur elle, et le rapace finit par s’éloigner sans presque se retourner. Plus grosse, elle pourrait riposter. Garder son cap sans répondre à chaque provocation, elle le fait sans effort apparent.
Pourquoi cela arrive dans la nature
La buse variable est le rapace le plus commun des campagnes françaises. Elle se nourrit surtout de campagnols et de mulots, qu’elle guette depuis un poteau ou une branche, et profite des courants d’air chaud pour planer en cercles. Son plumage va du brun très sombre au presque blanc selon les individus, d’où son nom.
Ce que disent les croyances populaires
Ardennes
Pour les Ardennais, apercevoir des buses en vol au saut du lit annonçait une journée où tout irait selon leurs vœux.
Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 191. Voir la page
Saintonge
En Saintonge, recevoir de la fiente de buse portait malheur.
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. II : Les oiseaux sauvages (1879), p. 15. Voir la page
Pays messin (Lorraine)
Dans le pays messin, pour éloigner les rapaces des poussins, on criait : « Buse, buse, fais trois fois le tour de la maison, tu auras le plus beau de mes oisons. »
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. II : Les oiseaux sauvages (1879), p. 15. Voir la page
France, XIIIe siècle
Au XIIIe siècle, le Roman de la Rose citait déjà le proverbe selon lequel on ne peut pas faire un épervier d’un busard, c’est-à-dire d’une buse.
Source : Eugène Rolland, Faune populaire de la France, t. II : Les oiseaux sauvages (1879), p. 15. Voir la page
Pour réfléchir
Sur quelle épreuve te juges-tu, alors qu’elle n’a peut-être rien à voir avec tes vrais talents ?