Everyday Omens

La joubarbe sur le toit

La joubarbe qui pousse sur le toit passait partout pour protéger la maison du tonnerre, notait Eugène Rolland, et en Berry, où on l’appelait « meure-jamais », elle faisait vivre longtemps ses habitants.

Ce que cela peut signifier

Une petite rosette grasse accrochée aux tuiles, qui ne demande ni terre ni arrosage : la joubarbe a toujours eu l’air indestructible, d’où ses noms. On la plantait sur les maisons du Maine contre les mauvais sorts, et l’on disait qu’elle écartait la foudre. Sa vie cache pourtant un détail que les campagnes avaient remarqué. Chaque rosette met plusieurs années à fleurir, puis meurt après sa floraison. Dans le canton de Fribourg, cette floraison était de mauvais augure pour la maison. Le jardinier, lui, regarde au pied de la plante : des dizaines de petites rosettes ont déjà pris racine autour. Certaines choses peuvent s’arrêter sans drame, parce que la suite a poussé pendant qu’elles duraient.

Selon la façon dont tu l’as vu

Une joubarbe en fleur

À Pithiviers, on assurait qu’elle ne fleurissait que tous les sept ans, et dans le canton de Fribourg, on redoutait sa première floraison. La hampe rose qui sort de la rosette marque bien la fin de celle-ci, mais pas celle de la touffe.

Un brin suspendu au plafond

À Plouër, sur la Rance, quand un marin partait pour Terre-Neuve, on suspendait un brin de joubarbe la tête en bas aux solives du plafond. S’il poussait et fleurissait, c’était bon augure pour l’absent ; s’il séchait, on craignait pour sa vie. La plante survit en effet longtemps sans terre.

Une couronne de la Saint-Jean

En Belgique wallonne, on disposait des rosettes en cercle, avec une croix au milieu, pour former des couronnes de la Saint-Jean. Elles tenaient cinq ou six semaines sans eau, ce qui passait pour merveilleux. C’est simplement le talent des plantes grasses, qui gardent leur réserve d’eau dans leurs feuilles.

Une joubarbe près de la porte

Dans la Limagne d’Auvergne, on la voyait surtout sur le mur de clôture, près de la porte d’entrée, et les paysans du Tarn tenaient pour un sacrilège de l’arracher. On ne déracinait pas ce qui veillait sur le seuil.

Pourquoi cela arrive dans la nature

La joubarbe des toits (Sempervivum tectorum) est une plante grasse : ses feuilles épaisses stockent l’eau, ce qui lui permet de vivre sur un toit ou un mur presque sans terre. Chaque rosette fleurit une seule fois, après plusieurs années, puis meurt, mais elle a produit entre-temps de nombreuses rosettes filles qui prennent le relais.

Ce que disent les croyances populaires

France (« partout », selon Rolland)

Eugène Rolland notait qu’on croyait partout que la joubarbe qui poussait sur le toit d’une maison protégeait ceux qui y demeuraient contre le tonnerre, les sorts et les maladies.

Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VI (1906), p. 97. Voir la page

Berry

En Berry, où on l’appelait « meure-jamais », la joubarbe était un porte-bonheur pour la maison sur laquelle elle croissait et faisait vivre longtemps les gens qui y demeuraient.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 472. Voir la page

Maine et Tarn

Dans le Maine, on la plantait souvent sur les maisons parce qu’elle mettait à l’abri des mauvais sorts ; les paysans du Tarn regardaient comme un véritable sacrilège de l’enlever.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 472. Voir la page

Canton de Fribourg (Suisse)

Dans le canton de Fribourg, on disait : « Malheur à la maison où la joubarbe fleurit pour la première fois, une personne y mourra pendant l’année. »

Source : Eugène Rolland, Flore populaire, t. VI (1906), p. 98. Voir la page

Plouër (Côtes-du-Nord)

À Plouër, quand un marin s’embarquait pour Terre-Neuve, on suspendait un brin de joubarbe la tête en bas aux solives du plafond : s’il poussait et fleurissait, c’était bon signe pour l’absent ; s’il séchait et périssait, on y voyait l’annonce de sa mort.

Source : Paul Sébillot, Le Folk-lore de France, t. III : La faune et la flore (1906), p. 507. Voir la page

Pour réfléchir

Qu’est-ce qui pourrait s’arrêter dans ta vie, maintenant que la relève a déjà pris racine ?