Le feu qui crépite
Le feu qui crépite et lance des étincelles laissait attendre des nouvelles en Béarn et une visite dans le Cantal. Dans le Lochois, en Touraine, la bûche qui chantait annonçait la neige.
Ce que cela peut signifier
Pendant les longues soirées d’hiver, on regardait le feu bien plus qu’on ne le fait aujourd’hui. Les gens finissaient par lui prêter une vie : en Haute-Bretagne, les étincelles devenaient de « petites bonnes femmes » en route pour la veillée, les noces ou le bal. Chaque crépitement ouvrait une petite histoire, qu’il fasse espérer une visite ou des nouvelles. Ce regard posé sur les flammes n’attendait rien de précis. Il laissait les pensées dériver pendant que les mains se reposaient. Une bougie ou la pluie sur la vitre offrent encore ce genre de pause, à condition de ne pas la remplir aussitôt.
Selon la façon dont tu l’as vu
Des étincelles qui jaillissent
Les Hauts-Bretons s’écriaient en voyant partir les étincelles : « Voilà les petites bonnes femmes qui vont à la veillée », ou bien qui vont danser. Dans le Lochois, en Touraine, ces étincelles nombreuses s’appelaient des « gendarmes ».
Une bûche qui chante
Le sifflement aigu d’une bûche humide avait sa lecture du temps à venir. Dans le Lochois, « quand la bûche chante », on attendait la neige. À Saint-Cast, des étincelles tombées sur le trépied présageaient du vent, de la pluie ou du froid.
Le feu qui flambe d’un coup
Près de Dinan, une flambée soudaine faisait espérer de l’argent. Dans le Maine, le feu qui se mettait à flamber tout seul annonçait une visite, celle d’une dame s’il flambait par devant ; s’il ronflait, des nouvelles.
Un tison qui roule hors du foyer
Chez les paysans du Loir-et-Cher, le tison qui roulait au bas du foyer, jusque dans la chambre, promettait un héritage. Autour de Liège, il voulait dire que quelqu’un était déjà en route vers la maison.
Pourquoi cela arrive dans la nature
Le bois contient de l’eau et, chez les résineux, de petites poches de résine. Sous l’effet de la chaleur, l’eau se change en vapeur et la résine en gaz, qui font éclater les fibres et projettent de minuscules braises. Une bûche encore humide siffle parce que la vapeur s’échappe par ses fentes.
Ce que disent les croyances populaires
Haute-Bretagne
En Haute-Bretagne, quand le feu éclatait en étincelles, on disait : « Voilà les petites bonnes femmes qui vont à la veillée », ou qui vont aux noces, ou qui vont danser.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 267. Voir la page
Saint-Cast (Côtes-du-Nord)
À Saint-Cast, des étincelles de feu sur le trépied étaient l’annonce de vent, de pluie ou de froid.
Source : Paul Sébillot, Coutumes populaires de la Haute-Bretagne (1886), p. 267. Voir la page
Béarn
En Béarn, quand le feu pétillait et lançait des étincelles avec persistance, on disait qu’il y aurait des nouvelles : « Que bam habé noubeles. »
Source : Henri Pellisson, « Superstitions béarnaises », Revue des traditions populaires, t. VI (1891), p. 154. Voir la page
Cantal (Auvergne)
Dans le Cantal, le bois qui pétillait au feu promettait une bonne nouvelle ou une visite.
Source : Antoinette Bon, « Superstitions auvergnates (Cantal) », Revue des traditions populaires, t. V (1890), p. 536. Voir la page
Environs de Dinan
Près de Dinan, quand le feu flambait tout à coup, c’était qu’on allait avoir de l’argent.
Source : Lucie de V. H., « Coutumes de la Haute-Bretagne, XV : Environs de Dinan », Revue des traditions populaires, t. XVI (1901), p. 140. Voir la page
Maine
Dans le Maine, le feu qui se mettait à flamber tout seul promettait une visite, celle d’une dame s’il flambait par devant ; quand il ronflait, des nouvelles allaient venir.
Source : Mme Destriché, « Folk-lore du Maine », Revue des traditions populaires, t. XXIII (1908), p. 195. Voir la page
Loir-et-Cher
En Loir-et-Cher, un feu bien fait indiquait la venue d’un hôte inattendu ou d’un ami, et le tison qui roulait au bas du foyer, dans la chambre, un héritage.
Source : François Houssay, « Coutumes et superstitions du Loir-et-Cher », Revue des traditions populaires, t. XV (1900), p. 376. Voir la page
Province de Liège (Belgique)
À Lize-Seraing, près de Liège, lorsqu’un tison roulait dans la cheminée, quelqu’un était en chemin pour rendre visite à la maison.
Source : Alfred Harou, « Notes sur les traditions et les coutumes de la province de Liège », Revue des traditions populaires, t. XVI (1901), p. 116. Voir la page
Lochois (Touraine)
Dans le Lochois, les nombreuses étincelles échappées du feu s’appelaient des « gendarmes », et quand la bûche chantait, on attendait la neige.
Source : Jacques Rougé, « Le folk-lore de la Touraine », Revue des traditions populaires, t. XXIII (1908), p. 226. Voir la page
Pour réfléchir
Devant quoi laisses-tu ton esprit vagabonder, sans rien attendre de ce moment ?